Compte-rendu des Festins poétiques 9

Invité d’honneur : David Belmondo
Animatrice : Andréine Bel
Nombre de participants : 18

Cette 9e édition des Festins poétiques a invité David Belmondo, poète et homme de théâtre, amoureux et passeur de mots.

1 – LA RENCONTRE

Conventions de transcription :

– Les * indiquent le nombre de fois qu’un poème a été lu à voix haute.
– Sont transcrits les poèmes qui ont au moins 1 *.
– Les poèmes élus ont au moins deux **.
– La partie lue par les participants apparaît en gras lorsqu’elle est extraite d’un poème plus long.

Nous avons élu 8 poèmes parmi les 15 lus à voix haute et les 24 contemplés.

*****
Étrange, quand le monde change
Et l’hiver c’est le temps,
Quand nous marchons dans l’obscurité
Et la solitude nous sépare de tout.

Personne n’est sage qui ne connaît la patience.
Tout a besoin de silence, a besoin de temps,
Besoin de confiance dans le calme du monde
Et la croissance de tout moment obscur.

Source :

Seltsam, wenn die Welt sich verwandelt
Und Winter sich über die Zeit stellt,
Wenn wir im Dunkel wandern
Und Einsamkeit uns von allem trennt.

Keiner ist weise, der nicht die Geduld kennt.
Alles braucht Stille, braucht Zeit,
Braucht Vertrauen in das Leise der Welt,
In das Wachstum jeder dunklen Zeit.

Monika Minder (trad. Bernard Bel)
Poème inspiré de „Im Nebel“ (Hermann Hesse)

****
Pour seul étendard
je veux ta main,
l’univers dans ton regard.

Catherine Mourmaux

***
Au midi vide qui dort
combien de fois elle passe,
sans laisser à la terrasse
le moindre soupçon d’un corps.

Mais si la nature la sent,
l’habitude de l’invisible
rend une clarté terrible
à son doux contour apparent.

Rainer Maria Rilke, La déesse

***
Chose curieuse
je vois un gotoku de pierre –
la rosée d’une glycine tombe goutte à goutte

Kikaku, haïjin disciple de Bashô

**

En toutes ces choses non écloses il ose
Ouvrir la dimension le volume de vie
Nous vivons du monde la surface la prose
Intensément pourtant règne la poésie

Richard Borneman

**
Les bateaux en bouteille
sentent encore la mer,
le vent et le soleil
dans leur étrave de bouchon

Gérard le Gouic

**
Parce que l’amour est tout ce qu’on espère
Où que l’on en soit de son long chemin de vie,
Unis à nous-même, mais cherchant « celle ou celui »
Rivage d’un oubli de soi, dans lequel on se perd.

À chaque pas posé, ce rêve semble plus proche.
Ni trop loin ni trop près, juste à notre portée.
Tombé à nos pieds parfois, mais il se décroche,
Habile à nous tromper dans la hâte d’aimer.

Oserait-on le suivre dans ses plus grands méandres,
Nouant le drame d’un Pelléas et Mélisande ?
Y aurait-il une issue autre que fatale
Ni bien, ni mal, juste simple, sans trop de dédales ?

Ici la chance nous sourira peut-être enfin.
Cachée sous nos claviers, elle calmera la faim
Où nous entraîne ce manque… vers un amour serein.

Linda Corbelli (acrostiche)

**

Une feuille rêvant au vallon de la main,
les lignes enlacées se jouant du chagrin.
Deux mains, un destin.
Deux feuilles, un jardin.

Françoise Sayour

* + * + *
Qu’est-ce qui frappe ?

Le soleil dans les eaux
le bois dans les oiseaux
Le chien dans le fusil
Le rouge dans la gorge
La langue au bout du chat.

Qu’est-ce qui frappe ?

La lune ombre le loup
La porte claque le vent
L’œil de beuf rend la vache
La crème tarte la victime
La sciure rance tout risque

Qu’est-ce qui frappe ?

L’impôt oh opposition
La cruche vide sa bedaine
L
e trou ronge le plein
L
e vide remplit les mains
La
haine coule dans les reins

Qu’est-ce qui frappe ?

Bernard Pedrotti

*
CLYTEMNESTRE

Vous ne démentez point une race funeste.
Oui, vous êtes le sang d’Atrée et de Thyeste

Bourreau de votre fille, il ne vous reste enfin
Que d’en faire à sa mère un horrible festin.

Barbare ! c’est donc là cet heureux sacrifice
Que vos soins préparaient avec tant d’artifice.
Quoi l’horreur de souscrire à cet ordre inhumain
N’a pas en le traçant arrêté votre main ?

Pourquoi feindre à nos yeux une fausse tristesse ?
Pensez-vous par des pleurs prouver votre tendresse ?
Où sont-ils ces combats que vous avez rendus ?
Quels flots de sang pour elle avez-vous répandus ?

Quel débris parle ici de votre résistance ?
Quel champ couvert de morts me condamne au silence ?
Voilà par quels témoins il fallait me prouver,
Cruel, que votre amour a voulu la sauver.

Oracle fatal ordonne qu’elle expire.
Un Oracle dit-il tout ce qu’il semble dire ?
Le Ciel, le juste ciel par le meurtre honoré
Du sang de l’innocence est-il donc altéré ?

Si du crime d’Hélène on punit sa famille,
Faites chercher à Sparte Hermione sa fille.
Laissez à Ménélas racheter d’un tel prix
Sa coupable moitié, dont il est trop épris.

Mais vous, quelles fureurs vous rendent sa victime ?
Pourquoi vous imposer la peine de son crime ?
Pourquoi moi-même enfin me déchirant le flanc,
Payer sa folle amour du plus pur de mon sang ?

Que dis-je ? Cet objet de tant de jalousie,
Cette Hélène, qui trouble et l’Europe, et l’Asie,
Vous semble-t-elle un prix digne de vos exploits ?
Combien nos fronts pour elle ont-ils rougi de fois ?

Avant qu’un nœud fatal l’unît à votre frère,
Thésée avait osé l’enlever à son père.
Vous savez, et Calchas mille fois vous l’a dit,
Qu’un hymen clandestin mit ce prince en son lit,
Que sa mère a cachée au reste de la Grèce.

Mais non, l’amour d’un frère, et son honneur blessé
Sont les moindres des soins, dont vous êtes pressé.
Cette soif de régner, que rien ne peut éteindre,
L’orgueil de voir vingt rois vous servir et vous craindre,
Tous les droits de l’empire en vos mains confiés,
Cruel, c’est à ces Dieux que vous sacrifiez.

Et loin de repousser le coup qu’on vous prépare,
Vous voulez vous en faire un mérite barbare.
Trop jaloux d’un pouvoir qu’on peut vous envier,
De votre propre sang vous courez le payer,
Et voulez par ce prix épouvanter l’audace
De quiconque vous peut disputer votre place.
Est-ce donc être père ? Ah ! toute ma raison
Cède à la cruauté de cette trahison.

Un prêtre environné d’une foule cruelle,
Portera sur ma fille une main criminelle ?
Déchirera son sein ? Et d’un œil curieux
Dans son cœur palpitant consultera les Dieux ?

Et moi, qui l’amenai triomphante, adorée,
Je m’en retournerai, seule, et désespérée !
Je verrai les chemins encor tout parfumés
Des fleurs, dont sous ses pas on les avait semés !

Non, je ne l’aurai point amenée au supplice,
Ou vous ferez aux Grecs un double sacrifice.
Ni crainte, ni respect ne m’en peut détacher.
De mes bras tout sanglants il faudra l’arracher.

Aussi barbare époux qu’impitoyable père,
Venez, si vous l’osez, la ravir à sa mère.
Et vous, rentrez, ma fille, et du moins à mes lois
Obéissez encor pour la dernière fois.

Racine, Iphigénie

*
Le temps m’a pris d’écrire
Agrippé aux chevilles
Dans la spirale vertigineuse du présent.

Bernard Bel

*
[…]

Mon ombre enfin sort des limites
Mon ombre enfin sort de son gîte
Et va où son désir l’invite.

Mon ombre se confond avec la nuit
Avec le charbon et la suie
Et fume parce que je vis.

Mon ombre envahit la moitié du monde
Et flotte avec les vents et les ondes
Avec les fleuves et la mer gronde.

[…]

Robert Desnos, Domaine public

*
Dimanche lourd couvercle sur le bouillonnement du sang.

Christian Tzara (1925-1942, période Dada)

*
Le soleil, sur le sable, ô lutteuse endormie,
En l’or de tes cheveux chauffe un bain langoureux
Et, consumant l’encens sur ta joue ennemie,
Il mêle avec les pleurs un breuvage amoureux.

De ce blanc flamboiement l’immuable accalmie
T’a fait dire, attristée, ô mes baisers peureux
« Nous ne serons jamais une seule momie
Sous l’antique désert et les palmiers heureux ! »

Mais la chevelure est une rivière tiède,
Où noyer sans frissons l’âme qui nous obsède
Et trouver ce Néant que tu ne connais pas.

Je goûterai le fard pleuré par tes paupières,
Pour voir s’il sait donner au cœur que tu frappas
L’insensibilité de l’azur et des pierres.

Mallarmé, Tristesse d’été

*
(Source) In atemloser Spannung und der sicheren Absicht
Den besten Moment der Szene zu erwischen
Mit der Ruhe sich der Weihe zu ergießen.
Im Rausch eine Biene den Pollen abschöpft.
Eine Wolke von Blütenstaub, gezuckert und violett
Umgibt die meisterliche Schauspielerin meines Traumes.
Mein kreatives Auge bewegt sich in anderen Planeten
Und bestätigt mir das vergangene Paradies von Eva.

Avec le souffle coupé et la ferme intention
de saisir la meilleure séquence de la scène
La patience aboutit à la consécration.
Dans l’ivresse d’une abeille écrémant le pollen
un nuage de pollen sucré et violet
entoure la magistrale actrice de mon rêve.
Mon œil créatif se déplace sur d’autres planètes
Et
me confirme le paradis perdu d’Eve.

Ines Thodes-Sonntag (auteur et traductrice)

2 – LE PARTAGE

David Belmondo nous a emmenés vers la poésie du quotidien, celle où se niche la métaphysique de l’existence, ses révoltes et questionnements. Il nous a lu des poèmes de Richard Borneman et Simon Ferandou, puis les siens. Le verbe était haut, les sonorités rythmées en swing ou punching ball, rap et jazz jamais loin, derrière la ligne d’horizon.

Le son intégral de son intervention :

3 – LA DEGUSTATION

 

Des vins de toutes les couleurs, salades et tapenades exquises, tarte de pommes et cake…

QUELQUES POINTS

– Lors de notre tour de présentation, nous avons réalisé qu’il y avait autour de la table : une éducatrice/conteuse/organisatrice/lectrice, une conceptrice de fête culturelle grande lectrice, une photographe-sculptrice/peintre/écrivaine, une plasticienne/musicienne qui réintroduit l’écriture dans son travail, un musicologue expérimental qui passe son temps à traduire une langue qu’il ne sait pas parler, une conteuse marionnettiste qui écrit pour parler, un prof de français qui défend la poésie contre vents et marées, sciences et religions, un lecteur passionné de poésie en quête d’ouverture et qui fabrique du vin ce qui ne gache rien, un conteur/performeur de spectacle vivant qui met le couvert dans les centres de vacances pour gagner sa vie, un habitant d’enclave africaine varoise amoureux de la poésie du quotidien qui redonne vie aux mots/théâtreux depuis presque toujours en pleine folie maritime culturelle, une organisatrice événementielle/blogueuse littéraire/amatrice de poésie, une gérante de cinéma privé amoureuse de littérature, poésie, chant et musique, une danseuse qui dansait pour ne pas avoir à parler mais s’y est mis enfin, une voyageuse écrivaine/écrivaine voyageuse de carnets intimes, puis sont arrivés deux théâtreux artisans de spectacles qui allient verbe et musique, textes et rythmes, et enfin deux amies qui se sont faites petites souris mais sont grandes lectrices et écrivaines en herbe.

– Un poème court, cela demande du souffle quand il est long…

– Il est d’usage pendant les festins poétiques de ne mettre sur la table que des poèmes courts, dits en un souffle ou deux. Lorsqu’ un poème long a été apporté, le premier lecteur qui le lit a pour consigne de cocher le passage qui lui semble être un poème à lui seul. Les autres lecteurs le découvrent et éventuellement ne recopient que cet extrait. Mais pour le poème de Bernard Pedrotti, chacune des trois strophes a séduit un lecteur et a été recopiée et lue à voix haute une fois. Le poème a donc remporté 1/3* + 1/3* + 1/3* = 1 * , puisque le poème n’a été lu qu’une fois en entier.

– La première partie des festins a adopté la forme générale du kukaï japonais (kukaï veut dire « rencontre poétique »). Lors de ce festin 9, c’est la première fois que les trois phases caractéristiques d’un kukaï s’équilibrent :
la contemplation des poèmes avec la lecture à voix basse
la lecture à voix haute des poèmes sélectionnés
et l’appréciation à plusieurs des poèmes élus (dire ce qui nous a plu, touché ou ce que l’on a compris au niveau de la forme comme du fond du poème choisi).

– Le festin 10 se déroulera le 19/5/18 autour du tanka japonais, grâce à Patrick Simon, spécialiste de poésie japonaise.
Le lendemain, nous (Martine Gonfalone Modigliani, Patrick Simon et moi-même) conduirons un kukai à la fête du livre de Gonfaron, le 20/5/18 de 10h30 à 12h, à la Maison du territoire. Nous vous y attendons nombreux !

Andréine Bel

Compte-rendu des Festins poétiques 8

Invitée d’honneur : Béatrice Machet
Animatrice : Andréine Bel
Nombre de participants : 11

Cette 8e édition des Festins poétiques a invité Béatrice Machet à l’occasion du Printemps des poètes sur le thème de l’ardeur. Elle a proposé le matin un atelier d’écriture basé sur les sensations corporelles pendant un exercice musculaire, et le soir une mise en voix, temps et espace des textes écrits le matin.

ATELIER DU MATIN

Il s’agissait en premier de s’allonger dos au sol, puis de contracter un par un nos muscles du côté droit, en allant des orteils jusqu’aux doigts. Puis, à la verticale, de sentir la différence entre le côté qui venait d’être activé et celui resté au repos. Même chose à gauche. Enfin, observer nos sensations dans le corps en entier.

Pour écrire, nous avions ces sensations du moment et les émotions suscitées, souvenirs, en vrac ou en suivant un fil, une histoire…

Enfin, chacun a lu à voix haute le corps de son texte (voir dans Partage 1).

1 – LA RENCONTRE

Conventions de transcription :

– Les * indiquent le nombre de fois qu’un poème a été lu à voix haute.
– Sont transcrits les poèmes qui ont au moins 1 *.
– Les poèmes élus ont au moins deux **.
– La partie lue par les participants apparaît en gras lorsqu’elle est extraite d’un poème plus long.

Nous avons élu 6 poèmes parmi les 10 lus à voix haute et les 22 contemplés.

***
Si je mourais là-bas sur le front de l’armée
Tu pleurerais un jour ô Lou ma bien-aimée
Et puis mon souvenir s’éteindrait comme meurt
Un obus éclatant sur le front de l’armée
Un bel obus semblable aux mimosas en fleur

Et puis ce souvenir éclaté dans l’espace
Couvrirait de mon sang le monde tout entier
La mer les monts les vals et l’étoile qui passe
Les soleils merveilleux mûrissant dans l’espace
Comme font les fruits d’or autour de Baratier

Souvenir oublié vivant dans toutes choses
Je rougirais le bout de tes jolis seins roses
Je rougirais ta bouche et tes cheveux sanglants
Tu ne vieillirais point toutes ces belles choses
Rajeuniraient toujours pour leurs destins galants

Le fatal giclement de mon sang sur le monde
Donnerait au soleil plus de vive clarté
Aux fleurs plus de couleur plus de vitesse à l’onde
Un amour inouï descendrait sur le monde
L’amant serait plus fort dans ton corps écarté

 Lou si je meurs là-bas souvenir qu’on oublie
— Souviens-t’en quelquefois aux instants de folie
De jeunesse et d’amour et d’éclatante ardeur —
Mon sang c’est la fontaine ardente du bonheur
Et sois la plus heureuse étant la plus jolie

 Ô mon unique amour et ma grande folie

Guillaume Appolinaire, Si je mourais

***
Sur le feu comme sur l’herbe
Est allongée l’enfance
     Y tourner ses yeux
     Y porter ses mains
Là sous la tempe
Des constellations font battre le sang.

Béatrice Machet

***
Car tu peux mourir affamé de l’or de tes rêves

Vojka Smiljannich Dikich (Slovaquie)

**
Ardeur, ardoise, file la laine
Tracas projeté et secoué à terre
En morceaux éclats retenus prisme
Se jouant des reflets forêts, fête, foire, flot
En un point des deux poings élancés
Se rejoignent laissant l’abondance dans un corps étonné

Claude Bœsch

**
Nathanaël, je t’enseignerai la ferveur.
Nos actes s’attachent à nous comme sa lueur au phosphore. Ils nous
consument, il est vrai, mais ils nous font notre splendeur.
Et si notre âme a valu quelque chose, c’est qu’elle a brûlé plus
ardemment que quelques autres.

Je vous ai vus, grands champs baignés de la blancheur de l’aube ; lacs
bleus, je me suis baigné dans vos flots – et que chaque caresse de l’air riant
m’ait fait sourire, voilà ce que je ne me lasserai pas de te redire, Nathanaël.
Je t’enseignerai la ferveur. 

 Si j’avais su des choses plus belles, c’est celles-là que je t’aurais dites
– celles-là, certes, et non pas d’autres. 

Tu ne m’as pas enseigné la sagesse, Ménalque.
Pas la sagesse, mais l’amour. 

André Gide, Les Nourritures terrestres, 1897

**
Il chemine au fond des mers
au fond du cœur au sommet des crêtes
l’homme incandescent

Andréine Bel

*
Suivre l’enclos par main qui traîne
Pied droit trottoir et l’autre caniveau
C’est poncer pourquoi non
La paume au hasard raboteux
Défaire les couches du voyage

Caroline Sajot Duvauraux

*
Réponds, réponds
Pourquoi la nuit
A-t-elle une voix d’homme ?

Catherine Mourmaux

*
Je me languis de desserrer les poings

Tansen Bel

*
O toison, moutonnant jusque sur l’encolure !
O boucles ! O parfum chargé de nonchaloir !
Extase ! Pour peupler ce soir l’alcôve obscure
Des souvenirs dormant dans cette chevelure,
Je la veux agiter dans l’air comme un mouchoir !

La langoureuse Asie et la brûlante Afrique,
Tout un monde lointain, absent, presque défunt,
Vit dans les profondeurs, forêt aromatique!
Comme d’autres esprits voguent sur la musique,
Le mien, ô mon amour! nage sur ton parfum.

J’irai là-bas où l’arbre et l’homme, pleins de sève,
Se pâment longuement sous l’ardeur des climats;
Fortes tresses, soyez la houle qui m’enlève!
Tu contiens, mer d’ébène, un éblouissant rêve
De voiles, de rameurs, de flammes et de mâts :
Un port retentissant où mon âme peut boire
A grands flots le parfum, le son et la couleur ;
Où les vaisseaux, glissant dans l’or et dans la moire,
Ouvrent leurs vastes bras pour embrasser la gloire
D’un ciel pur où frémit l’éternelle chaleur.

Je plongerai ma tête amoureuse d’ivresse
Dans ce noir océan où l’autre est enfermé ;
Et mon esprit subtil que le roulis caresse
Saura vous retrouver, ô féconde paresse !
Infinis bercements du loisir embaumé !

Cheveux bleus, pavillon de ténèbres tendues,
Vous me rendez l’azur du ciel immense et rond ;
Sur les bords duvetés de vos mèches tordues
Je m’enivre ardemment des senteurs confondues
De l’huile de coco, du musc et du goudron.

Longtemps! toujours! ma main dans ta crinière lourde
Sèmera le rubis, la perle et le saphir,
Afin qu’à mon désir tu ne sois jamais sourde !
N’es-tu pas l’oasis où je rêve, et la gourde
Où je hume à longs traits le vin du souvenir ?

Baudelaire, la chevelure

2 – LE PARTAGE I

Il s’est organisé autour des textes que nous avions écrits le matin pendant l’atelier proposé par Béatrice Machet.

Nous avons mis nos textes en voix et en corps, au hasard des phrases et des mots qui se correspondaient et s’influençaient. La partition sonore et gestuelle, timide au début, s’est enhardie, a foisonné d’assonnances et dissonances, de jaillissements et d’effondremants avec de beaux mouvements d’ensemble qui ont donné quelque frissons à la poésie bien lisse d’antan, histoire de la dérider au présent.

Texte de Françoise Sayour :
Pourquoi être là, au-dessus ?
Me serait douce pourtant la rugosité
du sol sous mes pieds.

J’ai le bat qui cœur
J’ai le bat qui cœur
J’ai le bat qui cœur (ad libitum)

Picotements imperceptibles des chutes passées :
Neige, violence, douceur de mille d’étoiles, espoir.
Ne suis-je déjà à terre, enlisée ?
Le sable sous mes doigts file comme ma vie.

Main gauche.
Pourquoi gauche ?
Malhabile, mal à droite,
Contractée, décontractée
Apprendre, désapprendre
Illisible, impossible
Tenter, essayer, re-co-mmen-cer.

Où es-tu mon souffle ?
Je te retiens, brise légère, je garde ta place.
Peur du vide naturelle…
Mais tu reviens toujours !
Je res-pi-re… un peu…
Serrer les poings, te retrouver enfin !

Je ne me relirai pas.
Je ne me reli-e-rai pas.

Fils tendus du tableau de mon corps :
Muscles tirés, tissés, tressés,
malmenés.
Lissés, défaits, désâmés ?
Mon corps tremblant n’en fait
qu’à ma tête.
Serrer les poings, te retrouver enfin.
4 secondes.

Petit pilote, tu savais déjà où guider ma main…
Ne la lâche pas, l’enfance tombera.
Instabilité certaine, yeux mi-clos,
lumière diaphane…
Rouge… écarlate.
Kaléidoscope,…
… Endoscope de mes émotions.
Le sang afflue sous les haubans
des paupières.
Beauté de l’accident.

Texte de Catherine Mourmaux :
 

Texte de Claude Bœsch :
Ardeur, ardoise, file la laine
Tracas projeté et secoué à terre
En morceaux éclats retenus prisme
Se jouant des reflets forêts, fête, foire, flot
En un point des deux poings élancés
Se rejoignent laissant l’abondance dans un corps étonné

Texte de Tansen Bel :
La vague de contractions fait vibrer mes os oubliés. Des muscles rebelles se prennent pour des miroirs, incontrôlables. Ils imitent le club très sélect des muscles actifs. Ils s’organisent en douce, la lutte des classes fait rage dans mon corps. De leur côté, les travailleurs bandés et snobs s’épuisent à la tendinite et s’enfoncent dans le puzzle de la mousse granuleuse vert plastique du sol.

Mon cerveau, insensible à la révolution qui démarre plus bas, se glisse dans le noir paupières, la respiration calme fait comme si de rien n’était. J’en oublie le travail de mes poumons, la machine insatiable qui avale l’air, puis le laisse s’échapper après l’avoir plongé dans mes cellules mouvantes, infatigables.

Je me languis de desserrer les poings.

     Texte de Bernard Bel :
Impossible réalité de l’effort
Frustration de la raideur ARDEUR
Souffle coupé apprivoisé emprisonné
Et puis soulagement

(Ce qu’on voit en premier : les limites)

 Mes cours de natation
Plier, pousser, serrer
La bicyclette en quête d’équilibre
MÉCANIQUE

(Difficile de concilier le vivant et la logique)

Je renie l’animal
Pour retourner végétal
Sous l’écorce sensible

(Deux mondes en opposition : celui des êtres en mouvement et des êtres en contemplation)

           Texte d’Andréine Bel :
Couleurs enlevées une à une
le soleil tombe doucement
l’expir du solei sur la peau
le sombre comme une pommade
le noir nourricier
secret du ventre
la nuit rouge du corps et quelques éclats de nâcre
l’espace s’engouffre plus haut
est-ce un trou noir ?
un monde englouti ?
une chaussette retournée ?

3 – LE PARTAGE II

 

Béatrice Machet nous a proposé de pénétrer dans son atelier en nous présentant plusieurs facettes de son travail résolument contemporain.

D’abord l’aspect sonore : lecture de deux textes écrits pour être présentés avec un enregistrement de sons. Le premier : «Inondationville » illustre ses préoccupations écologistes tout en montrant l’imprégnation des cultures amérindiennes dans le paysage mental de l’auteure. Le deuxième : « Danselombre » est une pièce écrite pour une danseuse (Lydie Vadrot), d’après le mythe d’Orphée.

Puis Béatrice a lu un poème inspiré de l’histoire encore trop méconnue de 38 guerriers Dakota qui ont été exécutés à Mankato dans le Minnesota, malgré un traité de paix signé sept ans auparavant. Ceci sur l’ordre du président Abraham Lincoln, qui la même semaine avait donné sa liberté aux esclaves noirs. Texte illustrant l’implication et l’engagement de Béatrice vis-à-vis des populations Indiennes des USA (elle a traduit plus de 30 poètes contemporains Indiens d’Amérique).

Ensuite l’aspect visuel : Béatrice nous a montré et lu son livre d’artiste intitulé « le livre M », livre de 34x 50cm, de 26 pages comme autant de lettres de l’alphabet. Il est fait de bois et de liège, avec des fines pages de papier de bois, manuscrit et « enluminé » par ses soins en suivant la symbolique du langage des signes des Indiens d’Amérique du sud-ouest. De telle sorte que l’ouvrage renferme le poème en français et la signification « indienne ».

Enfin, une vidéo a été projetée, réalisée lors d’une résidence d’artiste dans le Jura, illustrant un travail poétique sur le thème du plissement.

4 – LA DEGUSTATION

Des plats délicieux, des couleurs à ravir…

QUELQUES POINTS

– Ce festin marque une ouverture vers la poésie contemporaine : comment l’approcher, comment s’y rendre sensible ?

L’occasion de l’atelier corporel nous a permis de relier nos sensations aux mots, ceux qui disent nos sensations/émotions/souvenirs/images, qui à leur tour font poème. Entrer dans la poésie par le corps…

– Samedi 21 avril 2018, le Festin 9 reprendra son format habituel en trois temps. Nous aurons pour invité d’honneur David Belmondo, directeur de la médiathèque du Cannet des Maures.

 

Compte-rendu des Festins poétiques 7

Invitées d’honneur :  Sophie Quignard et Nicole Postaï
Animatrice : Andréine Bel
Nombre de participants : 14

Cette septième édition des Festins poétiques a invité Sophie Quignard et Nicole Postaï pour une rencontre poésie et œuvres plastiques.

1 – LA RENCONTRE

Conventions de transcription :

– Les * indiquent le nombre de fois qu’un poème a été choisi et lu à voix haute.
– Sont transcrits les poèmes qui ont au moins 1 * .
– Les poèmes élus ont au moins deux ** .
– La partie lue par les participants apparaît en gras lorsqu’elle est extraite d’un poème plus long.

Nous avons élu 7 poèmes parmi les 16 lus à voix haute et les 29 contemplés.

****
Au milieu de l’hiver
ses yeux étaient juillet

Tugrul Keskin

***
Vieilli, fourbu
Il cherche encore à s’appuyer
Sur l’épaule d’une rose

Yannis Ritsos (Grèce)

**
Vais-je m’endormir ? Dans mon lit,  je papillonne,
Il fait noir, un soir que le ciel aime, c’est vrai
Je vois la lune, elle chante, sa voix me plait,
Me réconforte lorsque seul, on m’abandonne.

Je ferme les yeux et, je n’entends aucun son,
Je les rouvre, et hélas mes sentiments s’emmêlent.
Je remarque sur mon bureau une boisson,
vide, comme mes pensées qui, enfin se taisent.

Soudain, je pense à toute ma journée, si dure,
Tous ces sentiments qui, séparés ne font rien,
Mais qui réunis, ne sont plus qu’un beau fruit mûr

Ce sentiment que tout être humain, sauf vauriens,
Apprécie et déteste, facile, difficile,
C’est l’amour et qui, hélas, ne tient qu’à un fil.

Maxence Boukellala

**
Je repose mes mains dans cette source
et mes mains sentent passer dans leurs veines
la musique du monde.

Patricio Sanchez (France/Chili)

**
Illicite vagabondage des choses,
que font-elles une fois nos paupières closes ?

Evidente proximité des distances
arc-boutées au fond de l’œil
en vapeur de lumière.

À force de se difracter,
l’Homme s’est cru multitude.

Est-ce moi, est-ce toi
qui habite nos corps ?

Le bleu du ciel, l’ocre du sable.
De quelle couleur est la ligne d’horizon ?

Vu du soleil l’homme n’est que spirales
même après sa mort.

Le sentier de l’exacte solitude
à mille chemins.

L’ancienne résolution de se croire
feu ou homme
s’est, elle aussi, achevée par un non-lieu.

Thierry Cazals, un matin de mai 1994.

**
[…]

Seule l’implosion de la pierre nous rejoindra dans ses demeures
J’ai le droit de l’aimer, sans rémission,
d’un pur silence.

Mes mains aussi,
familières des argiles.
Elles mûrissent à l’appel du présage,
orgueilleuses d’avoir su
qu’elles appartenaient à la même pierre.

 Et la pierre s’avance,
dans la crue de ses pépites,
sous les vivats des tempêtes !

[…]

Heureux comme les pierres
je voyage dans l’immobile
un prisme de liberté dans mes poches.

Voici les fleurs d’impatience.

[…]

Rémy Durand

**
Tu es l’espace qui s’élargit
Le vent en broussaille
La lumière frisée
Tu es l’amour sous la rocaille
Le lointain derrière le voile
L’arbre sur la colline nucléaire
Mon tapis de prière c’est ton ombre
Tu es la mer avec ses grottes
L’épaule de ses vagues
La soif de ses marins engloutis
Tu es le désir
Quand tu ouvres tes univers
Tu es ma louve bleue
Quand tu te donnes à l’éclaircie
Tu es la naissance
Quand tu fais fondre le désespoir
Par le mouvement de tes cheveux
Le vent du large de ta parole

René Barbier (fondateur du Journal des chercheurs)
dans la revue de poésie Le Matin déboutonné n°11

*
Jeune et fière tu étais
ma mémoire
Tu t’en vas et me laisses
transparent.

Marie Bagnol

*
Oui je t’aimais
oui mais

Serge Gainsbourg

*
Et l’amour toujours l’amour l’amour
le sixième continent comme une rose de folie.

Luc Vidal

*
Sauver la vie
C’est ne plus accepter la main tendue dans le vide
Les doigts écartés dans la vacuité du ciel
D’une humanité oublieuse
Sauver la vie
C’est ne plus croire à la montagne sans le soleil glissant dans sa nuque
C’est ne plus s’accommoder de la vague sans sa mousse crépitante
C’est en pleine conscience
Ne plus tolérer la parole sans les nappes fraternelles
Les champs d’ignames sans la pluie des poignées de main
Les carafes sans la fontaine des sourires
Sauver la vie
C’est ne plus supporter le pissenlit gracile
Sans la bouche de l’enfant qui le disperse
D’un seul souffle dans l’univers

Sauver la vie
C’est ne pas baisser les bras devant la finitude mutilée
C’est ne pas baisser les yeux devant la poisseuse fatalité
Devant le canot qui crève
Devant l’âme engloutie des chants premiers
C’est ne pas baisser la pensée devant l’étendard de la détresse
La bannière de la misère
C’est ne pas baisser le poème face à l’impuissance
Reculer devant l’oriflamme de l’adversité
Sauver la vie
C’est ne pas renoncer devant ce qui nous dérange
Devant l’épicentre de l’existence
C’est ne pas fuir devant le tir groupé de l’évidence
Devant la bête noire de celui qui hurle
L’épouvante de sa dernière heure

Sauver la vie
C’est ne plus confondre le rire de la faucheuse avec celui de l’enfance
C’est ne plus équarrir la plénitude
Disséquer le colibri
C’est ne plus dépecer la cohésion du monde
Séparer les lois de la bienveillance
Ni la faim de l’appétit
Sauver la vie
C’est ne plus déchirer la muqueuse du projet
Ni écraser la coque du désir
C’est ne plus arracher les pattes du cœur
Sauver la vie
C’est ne jamais consentir au redoublement des fautes
À l’abandon des utopies
Ni au démembrement des rêves

Sauver la vie
C’est poser l’éléphant et le gorille au-delà des barreaux
C’est retirer l’écharde de la peur
C’est démolir la peste des idées
C’est aspirer la poussière des croyances
Sauver la vie
C’est migrer vers un autre pan de son être
C’est partir vers un ailleurs plus proche de soi
Découvrir un archipel caché derrière les brouillards intimes
Parcourir la parcelle de notre démesure
Sauver la vie c’est entrelacer nos différences
Et se baigner dans l’eau de ce qui nous est commun
Sauver la vie
C’est prendre tous les risques
Pour préserver la tige de la sollicitude

Sauver la vie
C’est décliner l’invitation au bal fatal
Et s’inviter à la farandole du possible

Christophe Forgeot

*
[…]

Un crâne roulé de chars et de guerre lointaine.
Dans quel cri auras-tu le temps de ta mort ?
Nous manquons de point d’appui :
les regards nous étreignent comme gant trop petit.
On se perd : même chemin pourtant.
On se fuit : même solitude, immédiate.
C’est maintenant qu’il nous faut vivre
si nous ne voulons pas servir d’étendoir
aux pègres des canons.

[…]

Rémy Durand

*
À quatre heures du matin, l’été,
Le sommeil d’amour dure encore.
Sous les bosquets l’aube évapore
L’odeur du soir fêté.

Mais là-bas dans l’immense chantier
Vers le soleil des Hespérides,
En bras de chemise, les charpentiers
Déjà s’agitent.

Dans leur désert de mousse, tranquilles,
Ils préparent les lambris précieux
Où la richesse de la ville
Rira sous de faux cieux.

Ah ! pour ces Ouvriers charmants
Sujets d’un roi de Babylone,
Vénus ! laisse un peu les Amants,
Dont l’âme est en couronne.

Ô Reine des Bergers !
Porte aux travailleurs l’eau-de-vie,
Pour que leurs forces soient en paix
En attendant le bain dans la mer, à midi.

Arthur Rimbaud, Bonne pensée du matin

*
Il y a un terrible gris de poussière dans le temps
Un vent du sud avec de fortes ailes
Les échos sourds de l’eau dans le soir chavirant
Et dans la nuit mouillée qui jaillit du tournant
des voix rugueuses qui se plaignent
Un goût de cendre sur la langue
Un bruit d’orgue dans les sentiers
Le navire du cœur qui tangue
Tous les désastres du métier

Quand les feux du désert s’éteignent un à un
Quand les yeux sont mouillés comme
des brins d’herbe
Quand la rosée descend les pieds nus sur les feuilles
Le matin à peine levé
Il y a quelqu’un qui cherche
Une adresse perdue dans le chemin caché
Les astres dérouillés et les fleurs dégringolent
À travers les branches cassées
Et le ruisseau obscur essuie ses lèvres molles à peine décollées
Quand le pas du marcheur sur le cadran qui compte
Règle le mouvement et pousse l’horizon
Tous les cris sont passés tous les temps se rencontrent
Et moi je marche au ciel les yeux dans les rayons

Il y a du bruit pour rien et des noms dans ma tête
Des visages vivants
Tout ce qui s’est passé au monde
Et cette fête
Où j’ai perdu mon temps

Pierre Reverdy

*
Rien autre que le désordre de ce qui vibre et nous fait graves
pleins d’un désir de vent et d’eau

 Gilbert Renouf

*
[…]

Un dernier lyric
C’est trop tard
Ce trip à la con
J’en ai marre
J’voudrais plonger
Dans un ballon
Sans cauchemar
Sans cernes noires

[…]

Mü, Mauvaise langue

2 – LE PARTAGE

Présentation par A. Bel

Sophie, nièce de Pascal Quignard, sort de son antre pour la deuxième fois : ce n’est pas le moindre accomplissement des Festins poétiques. Une poésie des profondeurs, qui s’appréhende par la surface, la peau des choses.
Nicole Postaï a étudié aux Beaux-arts à Luminy, elle est paysagiste et céramiste.

Intervention

Le Festin 7 a dévoilé le travail de longue date, conjoint et autonome à la fois, des encres et constructions de Nicole Postaï à partir des mots de Sophie Quignard. Ce n’était pas gagné – la tâche était ardue – mais aucun des deux arts n’a englouti l’autre, les deux ont fleuri en s’éclairant mutuellement. Les installations se sont magnifiquement adaptées au lieu, et nous nous sommes promenés le long des chemins escarpés de l’art avec délice.

3 – LA DEGUSTATION

C’était bombance à Bizance, éclats de couleurs en ordre dispersé…

Quelques points

  • Les Festins ont pour mission de redistribuer les cartes : les poèmes ne révèlent leur auteur que lorsqu’ils sont choisis, lus et relus. Ainsi, les poètes renommés (cette fois : Mü, Rémy Durand et Christophe Forgeot) se frottent-ils aux poètes en herbe, ce qui donne un joyeux concert : il est toujours plus facile de jouer juste et grandir dans le pas des grandes pointures… Merci à eux pour leur partage ! Ils nous ont fait ainsi découvrir Gilbert Renouf, Luc Vidal, René Barbier…
  • Le prochain Festin aura lieu le 17 mars 2018 avec Béatrice Machet comme invitée d’honneur, pendant le Printemps des poètes. Elle lancera un pont entre poésie et danse : rencontre poétique gestuelle de 10h à 12h puis festin poétique de 18h à 21h.

Compte-rendu des Festins poétiques 6

Invitée d’honneur : Brigitte Broc
Animatrice : Andréine Bel
Nombre de participants : 12

Cette sixième édition des Festins poétiques a invité Brigitte Broc à dire, réciter et partager ses poèmes avec nous. Ceci avec la participation du peintre grand afficionado de poésie ayant illustré plusieurs de ses livres : Henri Baviera.

1 – LA RENCONTRE

photo

Conventions de transcription :

– Les * indiquent le nombre de fois qu’un poème a été lu à voix haute.
– Sont transcrits les poèmes qui ont au moins 1 *.
– Les poèmes élus ont au moins deux **.
– Pour les poèmes longs, la partie lue par les participants apparaît en gras.
– Je garde ici l’ordre chronologique de lecture des poèmes.

Nous avons élu 7 poèmes parmi les 18 lus à voix haute et les 24 contemplés.

***
C’est moi qui ferai le feu
Avec les fruits morts, les tiges
Avec le roux du ciel cru.

L’hiver,
C’est moi qui ferai le sentiment
Qui penserait qu’on s’est connu ?

Régine Foloppe-Ganne, Tributaires du vent

***
Un jour il faudra
Prendre avec les mains
De l’eau d’un fossé
Pour qu’en tombe une goutte
Au hasard du vent,
Sur un mur perdu
Entre bois et prés.

Edouard Glissant, Rites

**
Pour accomplir les amoureux rituels,
les amants y voient assez à la seule lueur de leur beauté
Et, si l’amour est aveugle
il s’accorde d’autant mieux avec la nuit

William Shakespeare, Roméo et Juliette

**
Notre destinée est celle de l’amour que l’ignorance de nous-mêmes jette dans l’oubli quand la vie entière de notre cœur se noie dans les coulées de la matière et n’épouse en leur attrait que miroitement.

Yvan Dimitrieff

 

**
Mousse et pierre froide
rien ne trouble la fontaine.
Quatre coups de cloche.

Fabien Tomatis

**
Je n’abandonnerai jamais,
Même si,
Un océan se dressait entre nous.

Naéma Ludècque

**
Yeux entrouverts
Odeurs de sommeil
À une distance de souffle
Nonchalance en sueur

Alexandra Galanou (Chypre)

*
Il y a quelque part un fleuve
refusant de se donner
à la mer. C’est le plus beau.
Pourtant il ne le sait pas.
Là est le simple, le mystère.
Depuis la rive je le vois
dans la distance annulée.

*
Ne pas dire,
dire la caresse, souffler la caresse,
souffler comme le vent l’indicible

Andréine Bel

*
Poésie, ô ma rose d’âme
Mon parfum, ma secrète flamme,
Pour te suivre, selon ton vœu,
Ma pensée, au soir, se dévoile
Et prend l’aile de l’oiseau bleu
Pour s’envoler vers ton étoile.

*
Les cailloux tremblent
les cailloux rient
se serrent dans le ressac
s’usent et se resserrent

Tintent dans ma poche
se déchiffrent à mes doigts
idée que je peux
entendre et toucher –

Lorand Gaspar

*
Mon amour, avant de t’aimer je n’avais rien;
j’hésitais à travers les choses et le rues,
rien ne parlait pour moi et rien n’avait de nom,
le monde appartenait à l’attente de l’air.

Je connus alors les salons couleur de cendre,
je connus des tunnels habités par la lune,
et les hangars cruels où l’on prenait congé,
et sur le sable l’insistance des questions.

Tout n’était plus que vide, et que mort et silence,
chute dans l’abandon et tout était déchu,
inaliénablement tout était aliéné,

Tout appartenait aux autres et à personne,
jusqu’à ce que ta beauté et ta pauvreté
ne donnent cet automne empli de leurs cadeaux.

Pablo Neruda

*
Je veux partir comme un oiseau
Dans un éclat de rire
Sans soupir et sans larme
Sans baiser

Bernard Bel

*
Pose l’été
Entre la menthe et ma peau.
J’ai seulement besoin
D’incliner ma chair
Un peu plus sur le vert.

*
Matin barbouillé –
une averse pianote
sur le toit mouillé.

*
Ce que je vois est une petite partie de ce que je regarde, ce que je regarde une petite partie de ce qui est à voir, et ce qui est à voir si vaste, que le pouvoir de mes yeux se perd, devant son immensité

*
Viens, mon beau chat, sur mon coeur amoureux;
Retiens les griffes de ta patte,
Et laisse-moi plonger dans tes beaux yeux,
Mêlés de métal et d’agate.

Lorsque mes doigts caressent à loisir
Ta tête et ton dos élastique,
Et que ma main s’enivre du plaisir
De palper ton corps électrique,

Je vois ma femme en esprit. Son regard,
Comme le tien, aimable bête
Profond et froid, coupe et fend comme un dard,

Et, des pieds jusques à la tête,
Un air subtil, un dangereux parfum
Nagent autour de son corps brun.

Charles Baudelaire, Le chat

*
Un papillon passe,
Vision éphémère.
Peut-être as-tu choisi cette enveloppe,
Pour nous revenir.

Naéma Ludècque

Deux poèmes qui n’ont pas été lus sur le moment par manque d’intelligibilité à première lecture, mais ils sont remarquables :

Mes jours s’en sont allez errant,
Comme, dit Job, d’une touaille
Sont les filetz, quant tisserant
Tient en son poing ardente paille :
Lors, s’il y a nul bout qui saille,
Soudainement il le ravit.
Si ne crains rien qui plus m’assaille,
Car à la mort tout assouvis.

François Villon – Testament

    Le soleil, sur le sable, ô lutteuse endormie,
    En l’or de tes cheveux chauffe un bain langoureux
    Et, consumant l’encens sur ta joue ennemie,
    Il mêle avec les pleurs un breuvage amoureux.

    De ce blanc flamboiement l’immuable accalmie
    T’a fait dire, attristée, ô mes baisers peureux
    « Nous ne serons jamais une seule momie
    Sous l’antique désert et les palmiers heureux ! »

    Mais la chevelure est une rivière tiède,
    Où noyer sans frissons l’âme qui nous obsède
    Et trouver ce Néant que tu ne connais pas.

    Je goûterai le fard pleuré par tes paupières,
    Pour voir s’il sait donner au coeur que tu frappas
    L’insensibilité de l’azur et des pierres.

    Stéphane Mallarmé  (1842-1898), tristesse d’été

     

    2 – LE PARTAGE

    Présentation de Brigitte Broc, par A. Bel et sous le regard d’Henri Baviera

    Brigitte est la poète des près et de la forêt. Henri cueille feuilles et ciels, ça tombe bien.
    Brigitte, le féminin sacré, Henri la terre des profondeurs. Leurs œuvres ne pouvaient que se rejoindre un jour.

    Intervention

    Brigitte a dit, déclamé, murmuré, hurlé, sifflé, avalé, étendu chaque mot de ses poèmes, comme un sucre d’orge, comme le vent pour nous coiffer, comme un matin de printemps qui toujours revient.

    Henri et Brigitte ont dit comment deux œuvres peuvent se rencontrer.

    3 – LA DEGUSTATION

    Gâteau oublié côté cuisine mais vite retrouvé et dévoré…

    QUELQUES POINTS

    – Prendre soin d’apporter chacun deux poèmes, courts ; pour cela, prendre le temps de les choisir, les recopier, les mettre dans sa gibecière et la renverser sur la table à l’arrivée… Veiller à écrire lisiblement, quitte à utiliser le script pour que chacun puisse déguster tous les poèmes proposés.

    – Nous avons réfléchi aux festins de demain, comment améliorer, remettre sur le métier, rendre à la fois pérenne et novateur ce qui structure les festins, ne pas nous laisser gagner par l’habitude et l’habilité.

    Compte-rendu des Festins poétiques 5

    Invités d’honneur : 3000 femmes poètes du Maharashtra et Bernard Bel
    Animatrice : Andréine Bel
    Nombre de participants : 12

    Cette cinquième édition des Festins poétiques a invité 3000 femmes « illettrées » et poètes du Maharashtra en Inde, à travers les documents audio et vidéo présentés par Bernard Bel.

    1 – LA RENCONTRE

    Conventions de transcription :

    – Les * indiquent le nombre de fois qu’un poème a été lu à voix haute.
    – Sont transcrits les poèmes qui ont au moins 1 *.
    – Les poèmes élus ont au moins deux **.
    – Pour les poèmes longs, la partie lue par les participants apparaît en gras.
    – Je garde ici l’ordre chronologique de lecture des poèmes.

    Nous avons élu 4 poèmes parmi les 17 lus à voix haute et les 24 contemplés.

    **
    Le nénuphar m’a dit :
    qu’est-ce la douceur ?

    Andréine Bel

    *
    La fatigue passée, poursuis ta route,
    arrosant dans les jardins de tes gouttes d’eau nouvelles
    les boutons en grappes des jasmins sur les bords de la Vananadi,
    répendant un instant ton ombre familière sur le visage des cueilleuses de fleurs
    qui froissent et fanent à essuyer la sueur de leurs joues, les lotus de leurs oreilles.

    Kalidasa, poète indien (2e siècle av. J.C.), Le nuage messager.

    ******
    Il se peut qu’il neige
    avant la fin de la phrase
    et que recule
    l’escargot d’un geste spontané

    Sophie Quignard

    **
    Poudre de curcuma
    Curry indien
    Un ciel orangé se dessine
    Sur la page blanche de mon assiète.

    Nicole Postaï

    *
    Le vent souffle dans la ramure,
    les éléphants vont de branche en branche
    sur les poteaux électriques.

    Jack Revest

    *
    Je nuagécris le ciel
    Je tire des mèches blanches de vapeur jusqu’à ce que mes tempes mon cuir chevelu battent à l’unisson comme s’ils mettaient plein gaz
    vitesse et combustion allumage à ne jamais éteindre
    pour que je survive toujours
    montre-moi ta piste
    je te dirai mon altitude
    je sortirai pour toi mon train d’atterrissage secret

                                 pour l’unité

    Béatrice Machet

    *
    Il faut capturer l’instant précis avant qu’il s’échappe.

    Jack Revest

    *
    Le goëland se moque de l’infini
    Qui peut rapprocher, qui peut séparer
    Les rives de l’infini ?

    Bernard Bel

    *
    Femme nue, femme noire
    Vétue de ta couleur qui est vie, de ta forme qui est beauté
    J’ai grandi à ton ombre ; la douceur de tes mains bandait mes yeux
    Et voilà qu’au cœur de l’Été et de Midi,
    Je te découvre, Terre promise, du haut d’un haut col calciné
    Et ta beauté me foudroie en plein cœur, comme l’éclair d’un aigle

    Femme nue, femme obscure
    Fruit mûr à la chair ferme, sombres extases du vin noir, bouche qui fais lyrique ma bouche
    Savane aux horizons purs, savane qui frémis aux caresses ferventes du Vent d’Est
    Tamtam sculpté, tamtam tendu qui gronde sous les doigts du vainqueur
    Ta voix grave de contralto est le chant spirituel de l’Aimée

    Femme noire, femme obscure
    Huile que ne ride nul souffle, huile calme aux flancs de l’athlète, aux flancs des princes du Mali
    Gazelle aux attaches célestes, les perles sont étoiles sur la nuit de ta peau.
    Délices des jeux de l’Esprit, les reflets de l’or ronge ta peau qui se moire
    À l’ombre de ta chevelure, s’éclaire mon angoisse aux soleils prochains de tes yeux.

    Femme nue, femme noire
    Je chante ta beauté qui passe, forme que je fixe dans l’Eternel
    Avant que le destin jaloux ne te réduise en cendres pour nourrir les racines de la vie.

    Léopold Sédar Senghor, Chants d’ombre

    *
    Chaque matin de la semaine
    c’est le même rituel du maquillage
    sauf le dimanche
    comme si ce jour-là
    ses rêves montaient à la surface
    et lui servaient de fond de teint

    Daniel Birmbaum

    *
    Le puit

    Dans cette terre poudrée l’étau enserre tes doigts
    Et leur geste meurtri apaisera la soif
    de l’amour de ta vie par l’humble rouge obole
    Et ton sang Intouchable sera l’eau de la foi

    Françoise Sayour

    *
    Aujourd’hui je n’ai rien fait.
    Mais beaucoup de choses se sont faites en moi.
    Des oiseaux qui n’existent pas
    ont trouvé leur nid.
    Des ombres qui peut-être existent
    ont rencontré leurs corps.
    Des paroles qui existent
    ont recouvré leur silence.
    Ne rien faire
    sauve parfois l’équilibre du monde,
    en obtenant que quelque chose aussi pèse
    sur le plateau vide de la balance.

    Roberto Juarroz, poésie verticale 13, édition bilingue, traduction Roger Munier, José Corti 1993, p. 120-121

    *
    Une pierre pour oreiller
    j’accompagne
    les nuages

    Maryse Chadaix

    *
     Il a été dit
    dans le monde de l’ouest
    que le sommeil était le petit frère de la mort.
    Mais nos anciens savaient qu’il n’en était rien.
    Le sommeil est plus vieux que la mort
    et mourir est seulement
    une sorte de sieste, un passage entre les rêves.

    Auteur ?,  Oligawi

    *
    Les étoiles sont bercées par elles
    Et des pensée de toutes nuances
    Sont aspirées du fond de l’abîme
    Et répandues sur les rivages de la vie

    Rabindranath Tagore (1861 – 1941), poète bengali

    *
    Des éclats de voix
    derrière les volets clos
    dimanche d’été

    Auteur ? Poète japonais

    *
    Mais tout poème n’est qu’un balbutiement
    sous le balbutiement sans fin des étoiles

    Roberto Juarroz, poésie verticale 3

    *
    L’amour est mort entre tes bras
    Te souviens-tu de sa rencontre
    Il est mort tu la referas
    Il s’en revient à ta rencontre

    Encore un printemps de passé
    Je songe à ce qu’il eut de tendre
    Adieu saison qui finissez
    Vous nous reviendrez aussi tendre

    Dans le crépuscule fané
    Où plusieurs amours se bousculent
    Ton souvenir gît enchaîné
    Loin de nos ombres qui reculent

    Ô mains qu’enchaîne la mémoire
    Et brûlantes comme un bûcher
    Où le dernier des phénix noire
    Perfection vient se jucher

    La chaîne s’use maille à maille
    Ton souvenir riant de nous
    S’enfuir l’entends-tu qui nous raille
    Et je retombe à tes genoux

    Tu n’as pas surpris mon secret
    Déjà le cortège s’avance
    Mais il nous reste le regret
    De n’être pas de connivence

    La rose flotte au fil de l’eau
    Les masques ont passé par bandes
    Il tremble en moi comme un grelot
    Ce lourd secret que tu quémandes

    Le soir tombe et dans le jardin
    Elles racontent des histoires
    À la nuit qui non sans dédain
    Répand leurs chevelures noires

    Petits enfants petits enfants
    Vos ailes se sont envolées
    Mais rose toi qui te défends
    Perds tes odeurs inégalées

    Car voici l’heure du larcin
    De plumes de fleurs et de tresses
    Cueillez le jet d’eau du bassin
    Dont les roses sont les maîtresses

    Tu descendais dans l’eau si claire
    Je me noyais dans ton regard
    Le soldat passe elle se penche
    Se détourne et casse une branche

    Tu flottes sur l’onde nocturne
    La flamme est mon cœur renversé
    Couleur de l’écaille du peigne
    Que reflète l’eau qui te baigne

    Ô ma jeunesse abandonnée
    Comme une guirlande fanée
    Voici que s’en vient la saison
    Et des dédains et du soupçon

    Le paysage est fait de toiles
    Il coule un faux fleuve de sang
    Et sous l’arbre fleuri d’étoiles
    Un clown est l’unique passant

    Un froid rayon poudroie et joue
    Sur les décors et sur ta joue
    Un coup de revolver un cri
    Dans l’ombre un portrait a souri

    La vitre du cadre est brisée
    Un air qu’on ne peut définir
    Hésite entre son et pensée
    Entre avenir et souvenir

    Ô ma jeunesse abandonnée
    Comme une guirlande fanée
    Voici que s’en vient la saison
    Des regrets et de la raison

    Guillaume Apollinaire

    2 – LE PARTAGE

    Présentation de Bernard Bel, par A. Bel

    Un ingénieur du CNRS vivant en Inde plus de quinze ans, cela donne un goût certain pour la musicologie, la linguistique et l’archivage…

    Intervention

    Les chants de la mouture ont été collectés par Guy Poitevin et son épouse Hema, enregistrés et archivés par Bernard de manière à les rendre accessibles à tous : chercheurs scientifiques, étudiants et simples citoyens désireux de connaître ce patrimoine en train de disparaître dans sa forme originelle puisque les moulins électriques ont remplacé les meules de pierre même dans le plus reculé des villages indiens.

    Ces paysannes illettrées composent et se transmettent des ovi.

    Voir la transcription de l’intervention

    3 – LA DEGUSTATION

    Mangues, papayes et noix de coco comme rafraichissement, tartes salées, sucrées et bonne humeur au menu…

    QUELQUES POINTS

     Ce festin marque le début d’une nouvelle phase des festins où nous entrons explicitement dans la facture même des poèmes.

    Penser à amener un poème de soi et aussi d’un poète que l’on apprécie particulièrement.

    Les festins partent en vacances trois mois et reprendront samedi 16 septembre 2017 avec Michel Deshays comme invité d’honneur.

    Compte-rendu des Festins poétiques 3

    Cette troisième édition des Festins poétiques a pris pour thème celui du Printemps des poètes 2017 : Afrique(s).

    Nombre de particpants : 13

    1 – LA RENCONTRE

    Conventions de transcription

    – Les * indiquent le nombre de fois qu’un poème a été lu à voix haute.
    – Sont transcrits les poèmes qui ont au moins 1 *.
    – Les poèmes élus ont au moins deux **.
    – La partie lue par les participants apparaît en gras.

    Nous avons élu 6 poèmes parmi les 29 contemplés.

    ******
    Pour caresser le ciel
    un arbre à plumes vertes
    et de la poudre de soleil

    Andréine Bel

    ***
    ô lumière amicale
    ô fraîche source de la lumière
    ceux qui n’ont inventé ni la poudre ni la boussole
    ceux qui n’ont jamais su dompter la vapeur ni l’électricité
    ceux qui n’ont exploré ni les mers ni le ciel
    mais ceux sans qui la terre ne serait pas la terre […]
    ma négritude n’est pas une taie d’eau morte sur l’oeil mort de la terre
    ma négritude n’est ni une tour ni une cathédrale
    elle plonge dans la chair rouge du sol
    elle plonge dans la chair ardente du ciel
    elle troue l’accablement opaque de sa droite patience.

    Eïa pour le Kaïlcédrat royal !
    Eïa pour ceux qui n’ont jamais rien inventé
    pour ceux qui n’ont jamais rien exploré
    pour ceux qui n’ont jamais rien dompté
    mais ils s’abandonnent, saisis, à l’essence de toute chose
    ignorants des surfaces mais saisis par le mouvement de toute chose
    insoucieux de dompter, mais jouant le jeu du monde
    véritablement les fils aînés du monde
    poreux à tous les souffles du monde
    aire fraternelle de tous les souffles du monde
    lit sans drain de toutes les eaux du monde
    étincelle du feu sacré du monde
    chair de la chair du monde palpitant du mouvement même du monde !
    Tiède petit matin de vertus ancestrales

    Sang ! Sang ! tout notre sang ému par le coeur mâle du soleil
    ceux qui savent la féminité de la lune au corps d’huile
    l’exaltation réconciliée de l’antilope et de l’étoile
    ceux dont la survie chemine en la germination de l’herbe !
    Eïa parfait cercle du monde et close concordance !

    Écoutez le monde blanc
    horriblement las de son effort immense
    ses articulations rebelles craquer sous les étoiles dures
    ses raideurs d’acier bleu transperçant la chair mystique
    écoute ses victoires proditoires trompéter ses défaites
    écoute aux alibis grandioses son piètre trébuchement
    Pitié pour nos vainqueurs omniscients et naïfs !

    Aimé CÉSAIRE, 1913 – 2008, poète français né à la Martinique
    Cahier d’un retour au pays natal, 1947

    ***
    Les morts ne sont pas morts
    Ecoute plus souvent
    Les choses que les êtres,
    La voix du feu s’entend
    Entends la voix de l’eau
    Ecoute dans le vent
    Le buisson en sanglot :
    C’est le souffle des ancêtres.

    Ceux qui sont morts ne sont jamais partis
    Ils sont dans l’ombre qui s’éclaire
    Et dans l’ombre qui s’épaissit,
    Les morts ne sont pas sous la terre
    Ils sont dans l’arbre qui frémit,
    Ils sont dans le bois qui gémit,
    Ils sont dans l’eau qui coule,
    Ils sont dans l’eau qui dort,
    Ils sont dans la case, ils sont dans la foule
    Les morts ne sont pas morts.
    Ceux qui sont morts ne sont jamais partis,
    Ils sont dans le sein de la femme,
    Ils sont dans l’enfant qui vagit,
    Et dans le tison qui s’enflamme,
    Les morts ne sont jamais sous terre,
    Ils sont dans le feu qui s’éteint,
    Ils sont dans le rocher qui geint,
    Ils sont dans les herbes qui pleurent,
    Ils sont dans la forêt, ils sont dans la demeure,
    Les morts ne sont pas morts.
    Ecoute plus souvent
    Les choses que les êtres,
    La voix du feu s’entend
    Entends la voix de l’eau
    Ecoute dans le vent
    Le buisson en sanglot :
    C’est le souffle des ancêtres.
    Le souffle des ancêtres morts
    Qui ne sont pas partis,
    Qui ne sont pas sous terre,
    Qui ne sont pas morts
    Ecoute plus souvent
    Les choses que les êtres,
    La voix du feu s’entend
    Entends la voix de l’eau
    Ecoute dans le vent
    Le buisson en sanglot :
    C’est le souffle des ancêtres
    Il redit chaque jour le pacte
    Le grand pacte qui lie,
    Qui lie à la loi notre sort;
    Aux actes des souffles plus forts,
    Le sort de nos morts qui ne sont pas morts;
    Le lord pacte qui nous lie aux acte
    Des souffles qui se meuvent.

    Dans le lit et sur les rives du fleuve,
    Dans plusieurs souffles qui se meuvent
    Dans le rocher qui geint et dans l’herbe qui pleure
    Des souffles qui demeurent
    Dans l’ombre qui s’éclaire on s’épaissit,
    Dans l’arbre qui frémit, dans le bois qui gémit,
    Et dans l’eau qui coule et dans l’eau qui dort,
    Des souffles plus forts, qui ont pris
    Le souffle des morts qui ne sont pas morts,
    Des morts qui ne sont pas partis,
    Des morts qui ne sont plus sous terre.
    Ecoute plus souvent
    Les choses que les êtres…

    Birago Diop, 1906 – 1989, Sénégal, auteur africain francophone.
    Les Souffles, Les contes d’Amadou Koumba

    ***
    Terres brunes
    entêtées d’absolu
    refusant la douceur des pluies
    et le miroitement des fleurs
    Toute facilité détourne

    Colette Gibelin

    ***
    Intruse au bassin,
    Eau figée, berges muettes ;
    L’ombre en-nuit le jour

    Catherine Monce

    **
    Buvant son café
    une pensée pour celle
    qui en a cueilli les grains

    Jeanne Painchaud (Québec)

    *
    Femme nue, femme noire
    Vétue de ta couleur qui est vie, de ta forme qui est beauté
    J’ai grandi à ton ombre ; la douceur de tes mains bandait mes yeux

    Et voilà qu’au cœur de l’Eté et de Midi,
    Je te découvre, Terre promise, du haut d’un haut col calciné
    Et ta beauté me foudroie en plein cœur, comme l’éclair d’un aigle

    Femme nue, femme obscure
    Fruit mûr à la chair ferme, sombres extases du vin noir, bouche qui fais lyrique ma bouche
    Savane aux horizons purs, savane qui frémis aux caresses ferventes du Vent d’Est
    Tamtam sculpté, tamtam tendu qui gronde sous les doigts du vainqueur
    Ta voix grave de contralto est le chant spirituel de l’Aimée

    Femme noire, femme obscure
    Huile que ne ride nul souffle, huile calme aux flancs de l’athlète, aux flancs des princes du Mali
    Gazelle aux attaches célestes, les perles sont étoiles sur la nuit de ta peau.

    Délices des jeux de l’Esprit, les reflets de l’or ronge ta peau qui se moire

    A l’ombre de ta chevelure, s’éclaire mon angoisse aux soleils prochains de tes yeux.

    Femme nue, femme noire
    Je chante ta beauté qui passe, forme que je fixe dans l’Eternel
    Avant que le destin jaloux ne te réduise en cendres pour nourrir les racines de la vie.

    Léopold Sédar Senghor, Chants d’ombre

    *
    Toi qui plies, toi qui pleures
    Toi qui meurs un jour sans savoir pourquoi
    Toi qui luttes, qui veilles sur le repos de l’autre
    Toi qui ne regardes plus avec le rire dans les yeux
    Toi mon frère au visage de peur et d’angoisse
    Relève toi et crie : Non »

    David Diop, 1927 – 1960, « Défi à la force »

    *
    Afrique mon Afrique
    Afrique des fiers guerriers dans les savanes ancestrales
    Afrique que chante ma grand-mère
    Au bord de son fleuve lointain
    Je ne t’ai jamais connue
    Mais mon regard est plein de ton sang
    Ton beau sang noir à travers les champs répandu
    Le sang de ta sueur
    La sueur de ton travail
    Le travail de l’esclavage
    L’esclavage de tes enfants
    Afrique dis moi Afrique
    Est-ce donc toi ce dos qui se courbe
    Et se couche sous le poids de l’humilité
    Ce dos tremblant à zébrures rouges
    Qui dit oui au fouet sur les routes de midi
    Alors gravement une voix me répondit
    Fils impétueux cet arbre robuste et jeune
    Cet arbre là-bas
    Splendidement seul au milieu des fleurs
    Blanches et fanées
    C’est l’Afrique ton Afrique qui repousse
    Qui repousse patiemment obstinément
    Et dont les fruits ont peu à peu
    L’amère saveur de la liberté.

    David Diop, Afrique mon Afrique

    *
    Vent fou me frappe…
    la blessure de l’homme est partout
    peut-on cerner, peut-on circonscrire la douleur ?
    Y a-t-il une frontière du cri ?

    Comment mesure-t-on l’ampleur des vents de l’âme ?

    Gabriel Okoundji, né en 1962 au Congo, poète de langue française

    *
    I
    Andromaque, je pense à vous ! Ce petit fleuve,

    Pauvre et triste miroir où jadis resplendit
    L’immense majesté de vos douleurs de veuve,
    Ce Simoïs menteur qui par vos pleurs grandit,

    A fécondé soudain ma mémoire fertile,
    Comme je traversais le nouveau Carrousel.
    Le vieux Paris n’est plus (la forme d’une ville
    Change plus vite, hélas ! que le coeur d’un mortel) ;

    Je ne vois qu’en esprit, tout ce camp de baraques,
    Ces tas de chapiteaux ébauchés et de fûts,
    Les herbes, les gros blocs verdis par l’eau des flaques,
    Et, brillant aux carreaux, le bric-à-brac confus.

    Là s’étalait jadis une ménagerie ;
    Là je vis, un matin, à l’heure où sous les cieux
    Froids et clairs le travail s’éveille, où la voirie
    Pousse un sombre ouragan dans l’air silencieux,

    Un cygne qui s’était évadé de sa cage,
    Et, de ses pieds palmés frottant le pavé sec,
    Sur le sol raboteux traînait son blanc plumage.
    Près d’un ruisseau sans eau la bête ouvrant le bec

    Baignait nerveusement ses ailes dans la poudre,
    Et disait, le coeur plein de son beau lac natal :
     » Eau, quand donc pleuvras-tu ? quand tonneras-tu, foudre ? « 
    Je vois ce malheureux, mythe étrange et fatal,

    Vers le ciel quelquefois, comme l’homme d’Ovide,
    Vers le ciel ironique et cruellement bleu,
    Sur son cou convulsif tendant sa tête avide,
    Comme s’il adressait des reproches à Dieu !

    II
    Paris change ! mais rien dans ma mélancolie

    N’a bougé ! palais neufs, échafaudages, blocs,
    Vieux faubourgs, tout pour moi devient allégorie,
    Et mes chers souvenirs sont plus lourds que des rocs.

    Aussi devant ce Louvre une image m’opprime :
    Je pense à mon grand cygne, avec ses gestes fous,
    Comme les exilés, ridicule et sublime,
    Et rongé d’un, désir sans trêve ! et puis à vous,

    Andromaque, des bras d’un grand époux tombée,
    Vil bétail, sous la main du superbe Pyrrhus,
    Auprès d’un tombeau vide en extase courbée ;
    Veuve d’Hector, hélas ! et femme d’Hélénus !

    Je pense à la négresse, amaigrie et phtisique,
    Piétinant dans la boue, et cherchant, l’oeil hagard,
    Les cocotiers absents de la superbe Afrique
    Derrière la muraille immense du brouillard ;

    A quiconque a perdu ce qui ne se retrouve
    Jamais, jamais ! à ceux qui s’abreuvent de pleurs
    Et tètent la douleur comme une bonne louve !
    Aux maigres orphelins séchant comme des fleurs !

    Ainsi dans la forêt où mon esprit s’exile
    Un vieux Souvenir sonne à plein souffle du cor !
    Je pense aux matelots oubliés dans une île,
    Aux captifs, aux vaincus !… à bien d’autres encor !

     Baudelaire, Le cygne

    *
    Suspendue aux fils
    invisibles de la vie
    je traverse le monde.

    Nicole Postaï

    *
    Baobab, j’entends ton cœur là-bas
    Mes bras ne peuvent t’enlacer
    J’attends ton cœur qui bat
    Mes pensées sous tes futaies
    Sous leur toit frémit l’albizia
    Ce soir, le palabre me renouera

    Françoise Sayour

    *
    Tes couleurs, tes pays
    Tes peuples, tes rythmes, tes sourires
    Donnent l’envie

    Pamela Briançon

    2 – LE PARTAGE

    Présentation de Sophie Quignard par Andréine Bel

    Née d’une famille d’enseignants, elle est elle-même professeur de littérature : la transmission est au cœur de son action citoyenne. Mais elle vient aussi d’une famille d’écrivains : son oncle Pascal Quignard est un des plus grands auteurs de notre temps.

    Sophie écrit : “La poésie pour rendre le temps qu’il fait : poésie de circonstances, poésie scientifique, poésie fugitive (mais pas trop), poésie des états sensibles, ou toute autre forme qui peut faire advenir un cœur pensant.”

    Action

    Sophie a tout d’abord projeté des photos d’œuvres africaines tout en nous parlant des mouvements poétiques en Afrique et des différents types de poésie qu’elle a abordés dans sa vie.

    Puis lecture à deux voix de ses “poèmes scientiques”, par Frédérique Pautet et elle-même.

    3 – LA DEGUSTATION

    Une nappe dans les tons ocres rouges et gris, des plats plus délicieux les uns que les autres, un régal…

    QUELQUES POINTS

    Nous avons abordé la question du thème pendant les Festins. « Afrique(s) » nous a bien convenu. Cela nous a reliés au Printemps des poètes. Ce continent africain, qui est souvent lointain pour nous, s’est rapproché par sa poésie et par tout ce qu’il évoque de notre histoire partagée. Nous avons aussi découvert que la contrainte d’un thème peut nous apporter beaucoup : sortir des sentiers battus et aller puiser dans nos ressources en se servant de ce cadre structurant.

    Adopterons-nous chaque fois un thème ? Nous avons convenu ensemble que nous devions en ressentir la nécessité pour en choisir un. Nous verrons cela au fur et à mesure du déroulement des festins, et peut-être aussi en fonction des auteurs invités d’honneur s’ils font une proposition en ce sens.

    Nous avons évoqué le fait que chaque festin est unique, avec aussi une continuité entre les festins.

     

     

    Compte-rendu des Festins poétiques 2

    Cette deuxième édition des Festins poétiques
    s’est déroulée sous le signe de l’éclatement.

    Notre invité d’honneur était Christophe Forgeot (voir présentation).
    Nombre de participants : 14.

    1 – LA RENCONTRE

    Conventions de transcription
    – Les * indiquent le nombre de fois qu’un poème a été lu à voix haute.
    – Sont transcrits les poèmes qui ont au moins 1 *.
    – Les poèmes élus ont au moins deux **.
    – La partie lue par les participants apparaît en gras.

    Nous avons élu 6 poèmes parmi les 29 contemplés.

    ****
    Et leurs visages étaient pâles
    Et leurs sanglots s’étaient brisés
    Comme la neige aux purs pétales
    Ou bien tes mains sur mes baisers
    Tombaient les feuilles automnales

    Guillaume Apollinaire (1880 – 1918), « Le départ », Calligrammes, Poèmes de la paix et de la guerre.

    ***
    Je suis le cerf, toi le chevreuil,
    Tu es l’oiseau, moi le tilleul,
    Toi le soleil et moi la neige,
    Tu es le jour et moi le rêve.

    La nuit, des lèvres du dormeur,
    Un oiseau d’or vole vers toi,
    Voix claire, aile aux vives couleurs,
    Qui te dit le chant de l’amour,
    Qui te dit ma chanson à moi.

    p1000585Ich bin der Hirsch und du das Reh,
    Der Vogel du und ich der Baum,
    Die Sonne du und ich der Schnee,
    Du bist der Tag und ich der Traum.

    Nachts aus meinem schlafenden Mund
    Fliegt ein Goldvogel zu dir,
    Hell ist seine Stimme, sein Flügel bunt,
    Der singt dir das Lied voll der Liebe,
    Der singt dir das Lied von mir

    Hermann Hesse (1877 – 1962), « Liebeslied »

    ***
    Que le verbe s’éteigne
    Sur cette face de l’être où nous sommes exposés
    Sur cette aridité que traverse
    Le seul vent de finitude
    Que celui qui brûlait debout
    Comme une vigne
    Que l’extrême chanteur roule de la crête
    Illuminant
    L’immense matière indicible.

    Que le verbe s’éteigne
    Dans cette pièce basse où tu me rejoins
    Que l’âtre du cri se resserre
    Sur nos mots rougeoyants.

    Que le froid par ma mort se lève et prenne un sens.

    Yves Bonnefoy (1923-2016) « Du mouvement et de l’immobilité de Douve », 1953.

    **
    Averse de pétales
    je voudrais boire
    l’eau des brumes lointaines

    Kobayashi Issa (1763 – 1827), traduction par Corinne Atlan et Zéno Bianu

    **
    Je voudrais tant partir
    coiffée de lune
    sous le ciel vagabond

    Tagami Kikusha-ni (1753 – 1826) traduction par Corinne Atlan et Zéno Bianu

    **
    Vivre aux lisières
    dans l’exigence la plus haute
    et dominer le monde
    comme un pin parasol
    espérant le grand large
    jusqu’à l’effondrement

    Colette Gibelin

    *
    Rouges si rouges
    ces premiers coquelicots
    cœur noir au milieu
    d’un effervescent printemps

    Maryse Chaday

    *
    Logiques légères
    sous les hauts flambeaux dansant
    tes mains invisibles
    emprisonnent les miennes
    l’entrave est si chaude et ferme

    Jean-Pierre Garcia Aznard

    *
    Ce sont les rochers
    qui ont appris aux guerriers
    À peindre leur visage
    La route les imagine encore sur les hauteurs
    Pour toujours étonnés
    D’être parmi les éléments.

    Christophe Forgeot

    *
    Suppose que je vienne et te verse
    Un peu d’eau dans la main
    Et que je te demande
    De la laisser couler
    Goutte à goutte
    Dans ma bouche.

     Christophe Forgeot

    *
    Le temps a laissé son manteau
    De vent, de froidure et de pluie,
    Et s’est vêtu de broderies
    De soleil luisant, clair et beau.

    Il n’y a bête, ni oiseau
    Qu’en son jargon ne chante ou crie :
    Le temps a laissé son manteau.

    Rivière, fontaine et ruisseau
    Portent en livrée jolie,
    Gouttes d’argent d’orfèvrerie,
    Chacun s’habille de nouveau :
    Le temps a laissé son manteau.

    Charles d‘Orléans (1394 – 1475)

    *
    Restons visibles sous les draps même peur
    Et même désir entre disparaître et
    Vieillir où les mots se déforment si vite
    Nous sommes si même désir attachés
    À la même chair où les mots même peur
    Nous portent au dénuement à l’invisible
    Dans les blancs entre les mots restons visibles
    Entre fête et blessure visibles fuite
    Et perpétuité mais qui sait ce qu’un être
    Désire de l’autre quand t’aimer est plus
    Incompréhensible que je vais mourir

    Marcel Migozzi

    *
    On dit souvent que le temps passe
    comme le rire d’un enfant,
    On sent souvent que l’on s’efface,
    Juste le temps d’un instant,
    En oubliant que l’on s’enlace,
    Pour oublier nos tourments,
    Mais un jour ou l’autre on trépasse,
    On disparaît dans le néant.

    Naéma Ludecke

    *
    Quand nul ne la regarde
    La mer n’est plus la mer,
    Elle est ce que nous sommes
    Lorsque nul ne nous voit.
    Elle a d’autres poissons,
    D’autres vagues aussi.
    C’est la mer pour la mer
    Et pour ceux qui en rêvent
    Comme je fais ici.

    Jules Supervielle (1884-1960) – La Fable du monde (1938)

    *
    Cloris, que dans mon temps j’ai si longtemps servie
    Et que ma passion montre à tout l’univers,
    Ne veux-tu pas changer le destin de ma vie
    Et donner de beaux jours à mes derniers hivers ?

    N’oppose plus ton deuil au bonheur où j’aspire.
    Ton visage est-il fait pour demeurer voilé ?
    Sors de ta nuit funèbre, et permets que j’admire
    Les divines clartés des yeux qui m’ont brûlé.

    Où s’enfuit ta prudence acquise et naturelle ?
    Qu’est-ce que ton esprit a fait de sa vigueur ?
    La folle vanité de paraître fidèle
    Aux cendres d’un jaloux, m’expose à ta rigueur.

    Eusses-tu fait le voeu d’un éternel veuvage
    Pour l’honneur du mari que ton lit a perdu
    Et trouvé des Césars dans ton haut parentage,
    Ton amour est un bien qui m’est justement dû.

    Qu’on a vu revenir de malheurs et de joies,
    Qu’on a vu trébucher de peuples et de rois,
    Qu’on a pleuré d’Hectors, qu’on a brûlé de Troies
    Depuis que mon courage a fléchi sous tes lois !

    Ce n’est pas d’aujourd’hui que je suis ta conquête,
    Huit lustres ont suivi le jour que tu me pris,
    Et j’ai fidèlement aimé ta belle tête
    Sous des cheveux châtains et sous des cheveux gris.

    C’est de tes jeunes yeux que mon ardeur est née ;
    C’est de leurs premiers traits que je fus abattu ;
    Mais tant que tu brûlas du flambeau d’hyménée,
    Mon amour se cacha pour plaire à ta vertu.

    Je sais de quel respect il faut que je t’honore
    Et mes ressentiments ne l’ont pas violé.
    Si quelquefois j’ai dit le soin qui me dévore,
    C’est à des confidents qui n’ont jamais parlé.

    Pour adoucir l’aigreur des peines que j’endure
    Je me plains aux rochers et demande conseil
    A ces vieilles forêts dont l’épaisse verdure
    Fait de si belles nuits en dépit du soleil.

    L’âme pleine d’amour et de mélancolie
    Et couché sur des fleurs et sous des orangers,
    J’ai montré ma blessure aux deux mers d’Italie
    Et fait dire ton nom aux échos étrangers.

    Ce fleuve impérieux à qui tout fit hommage
    Et dont Neptune même endure le mépris,
    A su qu’en mon esprit j’adorais ton image
    Au lieu de chercher Rome en ses vastes débris.

    Cloris, la passion que mon coeur t’a jurée
    Ne trouve point d’exemple aux siècles les plus vieux.
    Amour et la nature admirent la durée
    Du feu de mes désirs et du feu de tes yeux.

    La beauté qui te suit depuis ton premier âge
    Au déclin de tes jours ne veut pas te laisser,
    Et le temps, orgueilleux d’avoir fait ton visage,
    En conserve l’éclat et craint de l’effacer.

    Regarde sans frayeur la fin de toutes choses,
    Consulte le miroir avec des yeux contents.
    On ne voit point tomber ni tes lys, ni tes roses,
    Et l’hiver de ta vie est ton second printemps.

    Pour moi, je cède aux ans ; et ma tête chenue
    M’apprend qu’il faut quitter les hommes et le jour.
    Mon sang se refroidit ; ma force diminue
    Et je serais sans feu si j’étais sans amour.

    C’est dans peu de matins que je croîtrai le nombre
    De ceux à qui la Parque a ravi la clarté !
    Oh ! qu’on oira souvent les plaintes de mon ombre
    Accuser tes mépris de m’avoir maltraité !

    Que feras-tu, Cloris, pour honorer ma cendre ?
    Pourras-tu sans regret ouïr parler de moi ?
    Et le mort que tu plains te pourra-t-il défendre
    De blâmer ta rigueur et de louer ma foi ?

    Si je voyais la fin de l’âge qui te reste,
    Ma raison tomberait sous l’excès de mon deuil ;
    Je pleurerais sans cesse un malheur si funeste
    Et ferais jour et nuit l’amour à ton cercueil !

    François Maynard (158O – 1646) « La Belle Vieille »

    *
    Sur le fil du temps sèchent des bouts de rêves oubliés ;
    des non-dits s’étirent, trop longtemps supendus,
    jamais repris ;
    des lambeaux de prières s’y accrochent parfois,
    portés par les vents.

    Catherine Monce

    *
    Juste né,
    né de la mère
    né de la terre
    juste né
    déjà séparé.

    Catherine Mourmaux

    *
    Seine de peine grise
    joie jouant aux dés
    Je te laboure de lilas

    Rémy Durand, « Sensiaires »

    *
    Quand il est né,
    Je suis née autre
    Plus fille de…
    légère, insouciante,
    Mais
    Mère de…
    Tremblante, consciente du miracle
    et de la fragilité
    De la vie

    Marie Bagnol

    2 – LE PARTAGE

    p1000593

    Présentation de Christophe Forgeot, par A. Bel

    Christophe Forgeot, c’est le mariage heureux entre la Touraine et la Bourgogne, pour débarquer à Paris et attérir en Provence.

    Dès son enfance, il écrit. Une écriture faite de rencontres avec d’autres artistes, d’autres pays, pour élargir son horizon.

    Une écriture qu’il transmet par ses livres, ses lectures, la radio, le théâtre – avec des peintres, musiciens, danseurs et acteurs.

    Voyageur aux 30 pays, pour lui, « Saisir la route, c’est l’emprunter, la connaître puis s’efforcer de la comprendre ».

    S’il aime les dieux, c’est d’Eros qu’il s’agit et de ses métamorphoses. S’il a faim, c’est d’un désir jamais rassasié, jamais apaisé, « ouvert à l’aventure tumultueuse de l’abandon », dira Jacques Salomé.

    « J’écris des poèmes, des pièces de théâtre, des nouvelles, c’est ma manière d’apporter au monde. »

    Action

    Christophe Forgeot avait préparé des pinces à linge accrochées à sa chemise, des ficelles de chanvre suspendues aux rayonnages, des photos sur son pupitre, deux livres de ses poèmes courts à portée de main et deux morceaux de musique à portée d’oreille.

    Comme des trophées, les photos ont été accrochées
    au fil des poèmes qu’elles racontaient
    puis
    au fil des poèmes qui les racontaient.

    p1000590Voici les références des livres de Christophe Forgeot ainsi effeuillés :
    Haïkus du voyage, Illustrés par Nicolas Geffroy, 2015, Editions du Petit Véhicule
    Saisir la route, Photographies de Agnès Mallet, 2013, Jacques André Editions

    L’ aparté du poète s’est articulé autour du contexte de ces œuvres : comment elles ont été écrites, les rencontres à l’origine de chacune, la distance entre mots et images, comment chacun peut voir et entendre différemment…

    3 – LA DEGUSTATION
    Photo de Christophe Forgeot
    Photo : Christophe Forgeot

    La table s’est couverte de petits lampions vert printemps, tartes, gâteaux, nectar de mandarine et d’orange
    un vrai festin aux chandelles
    occasion de parler de festivals de poésie, de théâtre, de danse et poésie, d’inspiration divine ? tactile ? de la nécessité de l’esprit critique…
    Alors, et l’éclatement dans tout ça, me direz-vous ?
    il vint en toute fin de festin comme tonnerre de Zeus
    la table pliante du milieu s’est affaissée d’un côté, puis de l’autre
    pieds sagement rentrés sous elle
    avec fracas
    laissant chacun pantois, en silence
    mais inspirant l’un d’entre nous d’écrire un haïku improvisé sur le champ de la surprise :
    « Tout est devenu simple…
    la vaisselle glisse
    bonheur d’exister ! »

    QUELQUES POINTS

    p1000583Encore un ou deux poèmes longs, et/ou signés : penser à apporter deux poèmes courts, sans mention des auteurs, sur des feuilles séparées.
    Et cette question en suspens : comment rendre accessible le déroulement des Festins aux personnes n’ayant pas internet ? Nous envisageons dans un premier temps d’imprimer les poèmes et les comptes-rendus pour les mettre dans un classeur. Il sera à la disposition de tous, à la Bibliothèque.

    Andréine Bel

    Page de Christophe Forgeot sur cette rencontre

    Compte-rendu des Festins poétiques 1

    Les Festins poétiques organisés par la Bibliothèque municipale Espace René Nonjon (83340 Les Mayons), ont eu lieu pour cette première édition le 21 janvier 2017.

    L’invitée d’honneur était Colette Gibelin (voir présentation)
    Animatrice : Andréine Bel
    Nombre de participants : 13.

    Cette première édition des Festins s’est déroulée sous le signe de la découverte.

    1 – LA RENCONTRE

    Découvrir les poèmes écrits par les uns
    mis en voix par d’autres
    choisir ceux qui nous parlent
    dont le parfum arrive jusqu’à nous

    Conventions de transcription
    – Les * indiquent le nombre de fois qu’un poème a été lu à voix haute.
    – Sont transcrits les poèmes qui ont au moins 1 *.
    – Les poèmes élus ont au moins deux **.
    – La partie lue par les participants apparaît en gras.

    Nous avons élu 6 poèmes sur les 26 contemplés.

    ****.
    Sans cesse

    Au vif de soi
    S’amorce le poème

            Miroir de l’instant
            Fragment du désir
            Echo du cri

    Andrée Chédid (1920 – 2011)

    ****
    La mer dans la brume n’est pas un lac

    Les feuilles mortes dans le vent
    ne sont pas des oiseaux mais rien
    ne m’empêche de le croire

    Hamid Tibouchi, (1951)

    ***
    Une fleur de cerisier

    deux fleurs
    sans cesse je pense à toi

    Madoka Mayuzumi, (1962, ambassadrice du haïku en France en 2010).

    °°°
    Tressaillement du feu,

    Ruissellement des émotions
    dans l’échange des âmes
    et la circulation du vivre

    Colette Gibelin

    **
    Ils cassent le monde
    En petits morceaux
    Ils cassent le monde
    A coups de marteau
    Mais ça m’est égal
    Ça m’est bien égal
    Il en reste assez pour moi
    Il en reste assez
    Il suffit que j’aime
    Une plume bleue
    Un chemin de sable
    Un oiseau peureux

    Il suffit que j’aime
    Un brin d’herbe mince
    Une goutte de rosée
    Un grillon de bois
    Ils peuvent casser le monde
    En petits morceaux
    Il en reste assez pour moi
    Il en reste assez
    J’aurais toujours un peu d’air
    Un petit filet de vie
    Dans l’oeil un peu de lumière
    Et le vent dans les orties
    Et même, et même
    S’ils me mettent en prison
    Il en reste assez pour moi
    Il en reste assez
    Il suffit que j’aime
    Cette pierre corrodée
    Ces crochets de fer
    Où s’attarde un peu de sang
    Je l’aime, je l’aime
    La planche usée de mon lit
    La paillasse et le châlit
    La poussière de soleil
    J’aime le judas qui s’ouvre
    Les hommes qui sont entrés
    Qui s’avancent, qui m’emmènent
    Retrouver la vie du monde
    Et retrouver la couleur
    J’aime ces deux longs montants
    Ce couteau triangulaire
    Ces messieurs vêtus de noir
    C’est ma fête et je suis fier
    Je l’aime, je l’aime
    Ce panier rempli de son
    Où je vais poser ma tête
    Oh, je l’aime pour de bon
    Il suffit que j’aime
    Un petit brin d’herbe bleue
    Une goutte de rosée
    Un amour d’oiseau peureux
    Ils cassent le monde
    Avec leurs marteaux pesants
    Il en reste assez pour moi
    Il en reste assez, mon cœur

    Boris Vian, « Ils cassent le monde »

    **
    Homme ! libre penseur – te crois-tu seul pensant
    Dans ce monde où la vie éclate en toute chose :
    Des forces que tu tiens ta liberté dispose,
    Mais de tous tes conseils l’univers est absent.
    Respecte dans la bête un esprit agissant : …

    Chaque fleur est une âme à la Nature éclose ;
    Un mystère d’amour dans le métal repose :
    « Tout est sensible !  » – Et tout sur ton être est puissant !

    Crains dans le mur aveugle un regard qui t’épie
    À la matière même un verbe est attaché …
    Ne la fais pas servir à quelque usage impie !

    Souvent dans l’être obscur habite un dieu caché ;
    Et comme un œil naissant couvert par ses paupières
    Un peur esprit s’accroit sous l’écorce des pierres !

    Gérard de Nerval, Vers dorés

    *
    Un sourire ! Un beau sourire que l’on croise,
    C’est tout un monde qui vient à vous. On a envie
    de s’y appuyer et de laisser passer le temps.
    Il réchauffe et habille notre solitude de satin
    irisé, de velours voluptueux et de senteurs exquises !

    Tertullie Robinel

    *
    Mon corps est en repos, mon âme est en silence,
    Le bruit lointain du monde expire en arrivant,
    Comme un son éloigné qu’affaiblit la distance
    À l’oreille incertaine, apporté par le vent.

    Tertullie Robinel

    *
    Une brise légère
    Un souffle de vie
    En volant
    M’effleurant furtivement

    Michel Deshays

    *
    La nuit me fait de l’œil
    Je lui ouvre mes bras
    Et je compte ma peine

    Michel Deshays

    *
    Dans la poussière
    La chambre s’éveille au soleil
    Un mur silencieux
    […]
    Sur les carreaux verts
    J’écris quelques mots d’espoir
    Couverts de buée

    Bernard Bel

    *
    Le bonheur glisse sur la neige
    entre les étoiles
    attente de cette brûlure

    Andréine Bel

    *
    Il pleure dans mon coeur
    Comme il pleut sur la ville ;
    Quelle est cette langueur
    Qui pénètre mon coeur ?

    Ô bruit doux de la pluie
    Par terre et sur les toits !
    Pour un coeur qui s’ennuie,
    Ô le chant de la pluie !

    Il pleure sans raison
    Dans ce coeur qui s’écoeure.
    Quoi ! nulle trahison ?…
    Ce deuil est sans raison.

    C’est bien la pire peine
    De ne savoir pourquoi,
    Sans amour et sans haine,
    Mon cœur a tant de peine !

    Verlaine, Ariette

    *
    Je veux chanter la vie
    Et la joie de l’enfant
    Puis ce grain en chaque heure
    Peuplé d’existence
    Mais la terre est un repaire de cadavres
    Son ventre engloutit nos jeunesses et la fleur
    La joie est une tête de clown
    L’amour s’effrite à la pointe des heures
    L’enfant
    A déjà son visage de demain.

    Andrée Chédid, Vie-mort

    2 – LE PARTAGE
    Colette Gibelin
    Colette Gibelin

    Présentation de Colette Gibelin, par A. Bel

    « Je lance mon appel à tous ceux qui ont saisi l’infini dans la poussière des chemins. »
    Colette Gibelin commence à écrire en 1954, à 18 ans. Elle fait ses études au Lycée Fénelon au Maroc, puis entre à l’ École Normale Supérieure pour devenir professeur de Lettres.
    Son inspiration : Victor Hugo, Lecomte de Lisle, Hérédia, puis Baudelaire, Rimbaud, Éluard et Paul Valéry, quand il écrit : « Le vent se lève, il faut tenter de vivre ».
    Chacun de nous est poète, nous rappelle Colette Gibelin.
    Peut-être parce que, nous dit-elle, « écrire l’instant, c’est presque l’inventer. »
    Son écriture est lyrique, mais il s’agit ici de lyrisme existentiel et critique, de « vénéneuse beauté du monde ».

    Action

    Aux Festins, pas moyen de faire semblant
    Colette Gibelin en a fait la démonstration
    sa poésie lyrique a suivi les sentiers ardus et lumineux
    aériens ou souterrains, brûlants ou glacés –
    négociation du vivant à l’œuvre
    communauté de souffrance et d’espoir
    que nous partagions au fil de sa respiration
    comme un écho en nous

    Voici les œuvres qu’elle nous a lues :

    – Je partirai
    Extrait de Errants Eldorados, éditions Encres Vives

    – Frémissements de galets
    – Une joie minérale
    – La douleur minérale
    Extraits de Vivante Pierre –  Cahiers de poésie verte

    – Comme une brèche
    – Déjà
    Extraits de Eclats et Brèches –  éditions Clapas

    p1000577– Soif et silence
    – Braises rouges
    – Emotions et couleurs
    – Exubérance de la forêt
    Extraits de Bleus et ors –  éditions Telo Martius

    – Par tous ses pores
    – Envolés les oiseaux
    Extraits de Souffles et Songes –  éditions Sac à mots

    – Juste le temps
    Extrait de Dans le doute et la ferveur –  éditions Encres Vives

    – L’amour parfois
    – Stridence inlassable des cigales
    – De nouveau le monde est à vif
    – Et soudain c’est l’aurore
    Extraits de Mémoires sans visages –  éditions du Petit Véhicule

    – Parfois  – inédit

    3 – LA DEGUSTATION

    p1000557

    La table s’est couverte de tartes, gâteaux, fruits
    et même d’une soupe extra
    tous plus délicieux les uns que les autres
    occasion de faire connaissance, parler de la vie
    de jardin, des livres, des auteurs…
    avec une coupe de champagne pour fêter
    les festins, les êtres et les mots
    la fourchette et le stylo…

    REMERCIEMENTS

    Monsieur le Maire et son épouse se sont joints à nous un court instant pour accueillir les Festins ; merci à la Mairie qui a offert les boissons et l’impression des affiches.

    QUELQUES POINTS

    Pour donner une chance aux poèmes écrits par ceux qui les apportent d’être choisis puis élus, il faudrait que chaque participant vienne avec au moins un poème composé par lui, en plus de celui de l’auteur de son choix.

    Certains poèmes mis sur la table étaient longs. Nous avons dû pour chacun d’entre eux sélectionner trois ou quatre lignes, les plus représentatives et qui formaient en elles-mêmes un poème. Un poème court peut tout à fait être extrait d’un poème long, il doit pouvoir simplement se dire en un souffle ou deux. Indispensable à ce type de rencontre poétique, le poème bref oblige à la concision.