Compte-rendu des Festins poétiques 5

Invités d’honneur : 3000 femmes poètes du Maharashtra et Bernard Bel
Animatrice : Andréine Bel
Nombre de participants : 12

Cette cinquième édition des Festins poétiques a invité 3000 femmes « illettrées » et poètes du Maharashtra en Inde, à travers les documents audio et vidéo présentés par Bernard Bel.

1 – LA RENCONTRE

Conventions de transcription :

– Les * indiquent le nombre de fois qu’un poème a été lu à voix haute.
– Sont transcrits les poèmes qui ont au moins 1 *.
– Les poèmes élus ont au moins deux **.
– Pour les poèmes longs, la partie lue par les participants apparaît en gras.
– Je garde ici l’ordre chronologique de lecture des poèmes.

Nous avons élu 4 poèmes parmi les 17 lus à voix haute et les 24 contemplés.

**
Le nénuphar m’a dit :
qu’est-ce la douceur ?

Andréine Bel

*
La fatigue passée, poursuis ta route,
arrosant dans les jardins de tes gouttes d’eau nouvelles
les boutons en grappes des jasmins sur les bords de la Vananadi,
répendant un instant ton ombre familière sur le visage des cueilleuses de fleurs
qui froissent et fanent à essuyer la sueur de leurs joues, les lotus de leurs oreilles.

Kalidasa, poète indien (2e siècle av. J.C.), Le nuage messager.

******
Il se peut qu’il neige
avant la fin de la phrase
et que recule
l’escargot d’un geste spontané

Sophie Quignard

**
Poudre de curcuma
Curry indien
Un ciel orangé se dessine
Sur la page blanche de mon assiète.

Nicole Postaï

*
Le vent souffle dans la ramure,
les éléphants vont de branche en branche
sur les poteaux électriques.

Jack Revest

*
Je nuagécris le ciel
Je tire des mèches blanches de vapeur jusqu’à ce que mes tempes mon cuir chevelu battent à l’unisson comme s’ils mettaient plein gaz
vitesse et combustion allumage à ne jamais éteindre
pour que je survive toujours
montre-moi ta piste
je te dirai mon altitude
je sortirai pour toi mon train d’atterrissage secret

                             pour l’unité

Béatrice Machet

*
Il faut capturer l’instant précis avant qu’il s’échappe.

Jack Revest

*
Le goëland se moque de l’infini
Qui peut rapprocher, qui peut séparer
Les rives de l’infini ?

Bernard Bel

*
Femme nue, femme noire
Vétue de ta couleur qui est vie, de ta forme qui est beauté
J’ai grandi à ton ombre ; la douceur de tes mains bandait mes yeux
Et voilà qu’au cœur de l’Été et de Midi,
Je te découvre, Terre promise, du haut d’un haut col calciné
Et ta beauté me foudroie en plein cœur, comme l’éclair d’un aigle

Femme nue, femme obscure
Fruit mûr à la chair ferme, sombres extases du vin noir, bouche qui fais lyrique ma bouche
Savane aux horizons purs, savane qui frémis aux caresses ferventes du Vent d’Est
Tamtam sculpté, tamtam tendu qui gronde sous les doigts du vainqueur
Ta voix grave de contralto est le chant spirituel de l’Aimée

Femme noire, femme obscure
Huile que ne ride nul souffle, huile calme aux flancs de l’athlète, aux flancs des princes du Mali
Gazelle aux attaches célestes, les perles sont étoiles sur la nuit de ta peau.
Délices des jeux de l’Esprit, les reflets de l’or ronge ta peau qui se moire
À l’ombre de ta chevelure, s’éclaire mon angoisse aux soleils prochains de tes yeux.

Femme nue, femme noire
Je chante ta beauté qui passe, forme que je fixe dans l’Eternel
Avant que le destin jaloux ne te réduise en cendres pour nourrir les racines de la vie.

Léopold Sédar Senghor, Chants d’ombre

*
Chaque matin de la semaine
c’est le même rituel du maquillage
sauf le dimanche
comme si ce jour-là
ses rêves montaient à la surface
et lui servaient de fond de teint

Daniel Birmbaum

*
Le puit

Dans cette terre poudrée l’étau enserre tes doigts
Et leur geste meurtri apaisera la soif
de l’amour de ta vie par l’humble rouge obole
Et ton sang Intouchable sera l’eau de la foi

Françoise Sayour

*
Aujourd’hui je n’ai rien fait.
Mais beaucoup de choses se sont faites en moi.
Des oiseaux qui n’existent pas
ont trouvé leur nid.
Des ombres qui peut-être existent
ont rencontré leurs corps.
Des paroles qui existent
ont recouvré leur silence.
Ne rien faire
sauve parfois l’équilibre du monde,
en obtenant que quelque chose aussi pèse
sur le plateau vide de la balance.

Roberto Juarroz, poésie verticale 13, édition bilingue, traduction Roger Munier, José Corti 1993, p. 120-121

*
Une pierre pour oreiller
j’accompagne
les nuages

Maryse Chadaix

*
 Il a été dit
dans le monde de l’ouest
que le sommeil était le petit frère de la mort.
Mais nos anciens savaient qu’il n’en était rien.
Le sommeil est plus vieux que la mort
et mourir est seulement
une sorte de sieste, un passage entre les rêves.

Auteur ?,  Oligawi

*
Les étoiles sont bercées par elles
Et des pensée de toutes nuances
Sont aspirées du fond de l’abîme
Et répandues sur les rivages de la vie

Rabindranath Tagore (1861 – 1941), poète bengali

*
Des éclats de voix
derrière les volets clos
dimanche d’été

Auteur ? Poète japonais

*
Mais tout poème n’est qu’un balbutiement
sous le balbutiement sans fin des étoiles

Roberto Juarroz, poésie verticale 3

*
L’amour est mort entre tes bras
Te souviens-tu de sa rencontre
Il est mort tu la referas
Il s’en revient à ta rencontre

Encore un printemps de passé
Je songe à ce qu’il eut de tendre
Adieu saison qui finissez
Vous nous reviendrez aussi tendre

Dans le crépuscule fané
Où plusieurs amours se bousculent
Ton souvenir gît enchaîné
Loin de nos ombres qui reculent

Ô mains qu’enchaîne la mémoire
Et brûlantes comme un bûcher
Où le dernier des phénix noire
Perfection vient se jucher

La chaîne s’use maille à maille
Ton souvenir riant de nous
S’enfuir l’entends-tu qui nous raille
Et je retombe à tes genoux

Tu n’as pas surpris mon secret
Déjà le cortège s’avance
Mais il nous reste le regret
De n’être pas de connivence

La rose flotte au fil de l’eau
Les masques ont passé par bandes
Il tremble en moi comme un grelot
Ce lourd secret que tu quémandes

Le soir tombe et dans le jardin
Elles racontent des histoires
À la nuit qui non sans dédain
Répand leurs chevelures noires

Petits enfants petits enfants
Vos ailes se sont envolées
Mais rose toi qui te défends
Perds tes odeurs inégalées

Car voici l’heure du larcin
De plumes de fleurs et de tresses
Cueillez le jet d’eau du bassin
Dont les roses sont les maîtresses

Tu descendais dans l’eau si claire
Je me noyais dans ton regard
Le soldat passe elle se penche
Se détourne et casse une branche

Tu flottes sur l’onde nocturne
La flamme est mon cœur renversé
Couleur de l’écaille du peigne
Que reflète l’eau qui te baigne

Ô ma jeunesse abandonnée
Comme une guirlande fanée
Voici que s’en vient la saison
Et des dédains et du soupçon

Le paysage est fait de toiles
Il coule un faux fleuve de sang
Et sous l’arbre fleuri d’étoiles
Un clown est l’unique passant

Un froid rayon poudroie et joue
Sur les décors et sur ta joue
Un coup de revolver un cri
Dans l’ombre un portrait a souri

La vitre du cadre est brisée
Un air qu’on ne peut définir
Hésite entre son et pensée
Entre avenir et souvenir

Ô ma jeunesse abandonnée
Comme une guirlande fanée
Voici que s’en vient la saison
Des regrets et de la raison

Guillaume Apollinaire

2 – LE PARTAGE

Présentation de Bernard Bel, par A. Bel

Un ingénieur du CNRS vivant en Inde plus de quinze ans, cela donne un goût certain pour la musicologie, la linguistique et l’archivage…

Intervention

Les chants de la mouture ont été collectés par Guy Poitevin et son épouse Hema, enregistrés et archivés par Bernard de manière à les rendre accessibles à tous : chercheurs scientifiques, étudiants et simples citoyens désireux de connaître ce patrimoine en train de disparaître dans sa forme originelle puisque les moulins électriques ont remplacé les meules de pierre même dans le plus reculé des villages indiens.

Ces paysannes illettrées composent et se transmettent des ovi.

Voir la transcription de l’intervention

3 – LA DEGUSTATION

Mangues, papayes et noix de coco comme rafraichissement, tartes salées, sucrées et bonne humeur au menu…

QUELQUES POINTS

 Ce festin marque le début d’une nouvelle phase des festins où nous entrons explicitement dans la facture même des poèmes.

Penser à amener un poème de soi et aussi d’un poète que l’on apprécie particulièrement.

Les festins partent en vacances trois mois et reprendront samedi 16 septembre 2017 avec Michel Deshays comme invité d’honneur.

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