L’Espace René Nonjon, Rue Grande, Les Mayons (83340) vous invite aux Festins poétiques 4, le samedi 15 avril 2017.
Patrick Simon, poète et éditeur (voir biographie), partagera avec nous sa passion pour la poésie japonaise. Il présentera cette poésie à travers son évolution, du waka au tanka et haïku, ainsi que leurs dérivés que sont les haïbun, tanka-prose et renga ou renku. Autant de saveurs différentes que la langue française s’est exercée à adopter avec des poétes de haïkus en français.
Invitée d’honneur lors du troisième Festin poétique le samedi 18 mars 2017, Sophie Quignard aura carte blanche pour partager avec nous tous des poèmes d’auteurs sur le thème « Afrique(s) » et ses propres créations.
Présentation
Née en 1976 dans une famille d’enseignants et enseignantes au cœur de laquelle la question de la transmission était omniprésente, Sophie Quignard est bien naturellement devenue professeure. Elle a choisi le français et les lettres de la francophonie et en langue anglaise pour rendre les élèves curieux ; et la poésie pour rendre le temps qu’il fait : poésie de circonstances, poésie scientifique, poésie fugitive (mais pas trop), poésie des états sensibles, ou toute autre forme qui peut faire advenir un cœur pensant.
L’Espace René Nonjon, Rue Grande, Les Mayons (83340) vous invite aux Festins poétiques 3, le samedi 18 mars 2017.
L’invitée d’honneur est Sophie Quignard, résidant aux Mayons (voir biographie).
Pour une fois, les Festins auront un thème, celui du Printemps des Poètes 2017 : AFRIQUE(S)
L’ Afrique telle qu’on la connaît, perçoit ou imagine, d’hier ou d’aujourd’hui
Les Afriques : celle du nord et celle du sud
Les voix de la diaspora africaine, des Antilles à la Guyane, de Madagascar à Mayotte…, Afrique francophone
Échos et parfums, couleurs et paysages, ses chants et ses danses, et surtout ses peuples et leur histoire
Cette deuxième édition des Festins poétiques
s’est déroulée sous le signe de l’éclatement.
Notre invité d’honneur était Christophe Forgeot (voir présentation).
Nombre de participants : 14.
1 – LA RENCONTRE
Conventions de transcription – Les * indiquent le nombre de fois qu’un poème a été lu à voix haute.
– Sont transcrits les poèmes qui ont au moins 1 *.
– Les poèmes élus ont au moins deux **.
– La partie lue par les participants apparaît en gras.
Nous avons élu 6 poèmes parmi les 29 contemplés.
**** Et leurs visages étaient pâles Et leurs sanglots s’étaient brisés Comme la neige aux purs pétales Ou bien tes mains sur mes baisers Tombaient les feuilles automnales
Guillaume Apollinaire (1880 – 1918), « Le départ », Calligrammes, Poèmes de la paix et de la guerre.
*** Je suis le cerf, toi le chevreuil, Tu es l’oiseau, moi le tilleul, Toi le soleil et moi la neige, Tu es le jour et moi le rêve.
La nuit, des lèvres du dormeur, Un oiseau d’or vole vers toi, Voix claire, aile aux vives couleurs, Qui te dit le chant de l’amour, Qui te dit ma chanson à moi.
Ich bin der Hirsch und du das Reh,
Der Vogel du und ich der Baum,
Die Sonne du und ich der Schnee,
Du bist der Tag und ich der Traum.
Nachts aus meinem schlafenden Mund Fliegt ein Goldvogel zu dir, Hell ist seine Stimme, sein Flügel bunt, Der singt dir das Lied voll der Liebe, Der singt dir das Lied von mir
Hermann Hesse (1877 – 1962), « Liebeslied »
*** Que le verbe s’éteigne Sur cette face de l’être où nous sommes exposés Sur cette aridité que traverse Le seul vent de finitude Que celui qui brûlait debout Comme une vigne Que l’extrême chanteur roule de la crête Illuminant L’immense matière indicible.
Que le verbe s’éteigne Dans cette pièce basse où tu me rejoins Que l’âtre du cri se resserre Sur nos mots rougeoyants.
Que le froid par ma mort se lève et prenne un sens.
Yves Bonnefoy (1923-2016) « Du mouvement et de l’immobilité de Douve », 1953.
** Averse de pétales je voudrais boire l’eau des brumes lointaines
Kobayashi Issa (1763 – 1827), traduction par Corinne Atlan et Zéno Bianu
** Je voudrais tant partir coiffée de lune sous le ciel vagabond
Tagami Kikusha-ni (1753 – 1826) traduction par Corinne Atlan et Zéno Bianu
** Vivre aux lisières dans l’exigence la plus haute et dominer le monde comme un pin parasol espérant le grand large jusqu’à l’effondrement
Colette Gibelin
* Rouges si rouges
ces premiers coquelicots
cœur noir au milieu
d’un effervescent printemps
Maryse Chaday
* Logiques légères
sous les hauts flambeaux dansant
tes mains invisibles
emprisonnent les miennes
l’entrave est si chaude et ferme
Jean-Pierre Garcia Aznard
* Ce sont les rochers
qui ont appris aux guerriers
À peindre leur visage
La route les imagine encore sur les hauteurs
Pour toujours étonnés
D’être parmi les éléments.
Christophe Forgeot
* Suppose que je vienne et te verse
Un peu d’eau dans la main
Et que je te demande
De la laisser couler
Goutte à goutte
Dans ma bouche.
Christophe Forgeot
* Le temps a laissé son manteau
De vent, de froidure et de pluie,
Et s’est vêtu de broderies
De soleil luisant, clair et beau.
Il n’y a bête, ni oiseau
Qu’en son jargon ne chante ou crie :
Le temps a laissé son manteau.
Rivière, fontaine et ruisseau
Portent en livrée jolie,
Gouttes d’argent d’orfèvrerie,
Chacun s’habille de nouveau :
Le temps a laissé son manteau.
Charles d‘Orléans (1394 – 1475)
* Restons visibles sous les draps même peur
Et même désir entre disparaître et
Vieillir où les mots se déforment si vite Nous sommes si même désir attachés
À la même chair où les mots même peur
Nous portent au dénuement à l’invisible
Dans les blancs entre les mots restons visibles
Entre fête et blessure visibles fuite
Et perpétuité mais qui sait ce qu’un être
Désire de l’autre quand t’aimer est plus
Incompréhensible que je vais mourir
Marcel Migozzi
* On dit souvent que le temps passe
comme le rire d’un enfant,
On sent souvent que l’on s’efface,
Juste le temps d’un instant,
En oubliant que l’on s’enlace,
Pour oublier nos tourments,
Mais un jour ou l’autre on trépasse,
On disparaît dans le néant.
Naéma Ludecke
* Quand nul ne la regarde
La mer n’est plus la mer,
Elle est ce que nous sommes
Lorsque nul ne nous voit. Elle a d’autres poissons,
D’autres vagues aussi.
C’est la mer pour la mer
Et pour ceux qui en rêvent
Comme je fais ici.
Jules Supervielle (1884-1960) – La Fable du monde (1938)
*
Cloris, que dans mon temps j’ai si longtemps servie
Et que ma passion montre à tout l’univers,
Ne veux-tu pas changer le destin de ma vie
Et donner de beaux jours à mes derniers hivers ?
N’oppose plus ton deuil au bonheur où j’aspire.
Ton visage est-il fait pour demeurer voilé ?
Sors de ta nuit funèbre, et permets que j’admire
Les divines clartés des yeux qui m’ont brûlé.
Où s’enfuit ta prudence acquise et naturelle ?
Qu’est-ce que ton esprit a fait de sa vigueur ?
La folle vanité de paraître fidèle
Aux cendres d’un jaloux, m’expose à ta rigueur.
Eusses-tu fait le voeu d’un éternel veuvage
Pour l’honneur du mari que ton lit a perdu
Et trouvé des Césars dans ton haut parentage,
Ton amour est un bien qui m’est justement dû.
Qu’on a vu revenir de malheurs et de joies,
Qu’on a vu trébucher de peuples et de rois,
Qu’on a pleuré d’Hectors, qu’on a brûlé de Troies
Depuis que mon courage a fléchi sous tes lois !
Ce n’est pas d’aujourd’hui que je suis ta conquête,
Huit lustres ont suivi le jour que tu me pris,
Et j’ai fidèlement aimé ta belle tête
Sous des cheveux châtains et sous des cheveux gris.
C’est de tes jeunes yeux que mon ardeur est née ;
C’est de leurs premiers traits que je fus abattu ;
Mais tant que tu brûlas du flambeau d’hyménée,
Mon amour se cacha pour plaire à ta vertu.
Je sais de quel respect il faut que je t’honore
Et mes ressentiments ne l’ont pas violé.
Si quelquefois j’ai dit le soin qui me dévore,
C’est à des confidents qui n’ont jamais parlé.
Pour adoucir l’aigreur des peines que j’endure
Je me plains aux rochers et demande conseil
A ces vieilles forêts dont l’épaisse verdure
Fait de si belles nuits en dépit du soleil.
L’âme pleine d’amour et de mélancolie
Et couché sur des fleurs et sous des orangers,
J’ai montré ma blessure aux deux mers d’Italie
Et fait dire ton nom aux échos étrangers.
Ce fleuve impérieux à qui tout fit hommage
Et dont Neptune même endure le mépris,
A su qu’en mon esprit j’adorais ton image
Au lieu de chercher Rome en ses vastes débris.
Cloris, la passion que mon coeur t’a jurée
Ne trouve point d’exemple aux siècles les plus vieux.
Amour et la nature admirent la durée
Du feu de mes désirs et du feu de tes yeux.
La beauté qui te suit depuis ton premier âge
Au déclin de tes jours ne veut pas te laisser,
Et le temps, orgueilleux d’avoir fait ton visage,
En conserve l’éclat et craint de l’effacer.
Regarde sans frayeur la fin de toutes choses,
Consulte le miroir avec des yeux contents.
On ne voit point tomber ni tes lys, ni tes roses,
Et l’hiver de ta vie est ton second printemps.
Pour moi, je cède aux ans ; et ma tête chenue
M’apprend qu’il faut quitter les hommes et le jour.
Mon sang se refroidit ; ma force diminue
Et je serais sans feu si j’étais sans amour.
C’est dans peu de matins que je croîtrai le nombre
De ceux à qui la Parque a ravi la clarté !
Oh ! qu’on oira souvent les plaintes de mon ombre
Accuser tes mépris de m’avoir maltraité !
Que feras-tu, Cloris, pour honorer ma cendre ?
Pourras-tu sans regret ouïr parler de moi ?
Et le mort que tu plains te pourra-t-il défendre
De blâmer ta rigueur et de louer ma foi ?
Si je voyais la fin de l’âge qui te reste,
Ma raison tomberait sous l’excès de mon deuil ;
Je pleurerais sans cesse un malheur si funeste
Et ferais jour et nuit l’amour à ton cercueil !
François Maynard (158O – 1646) « La Belle Vieille »
* Sur le fil du temps sèchent des bouts de rêves oubliés ;
des non-dits s’étirent, trop longtemps supendus,
jamais repris ;
des lambeaux de prières s’y accrochent parfois,
portés par les vents.
Catherine Monce
* Juste né,
né de la mère
né de la terre
juste né
déjà séparé.
Catherine Mourmaux
* Seine de peine grise
joie jouant aux dés
Je te laboure de lilas
Rémy Durand, « Sensiaires »
* Quand il est né,
Je suis née autre
Plus fille de…
légère, insouciante,
Mais
Mère de…
Tremblante, consciente du miracle
et de la fragilité
De la vie
Marie Bagnol
2 – LE PARTAGE
Présentation de Christophe Forgeot, par A. Bel
Christophe Forgeot, c’est le mariage heureux entre la Touraine et la Bourgogne, pour débarquer à Paris et attérir en Provence.
Dès son enfance, il écrit. Une écriture faite de rencontres avec d’autres artistes, d’autres pays, pour élargir son horizon.
Une écriture qu’il transmet par ses livres, ses lectures, la radio, le théâtre – avec des peintres, musiciens, danseurs et acteurs.
Voyageur aux 30 pays, pour lui, « Saisir la route, c’est l’emprunter, la connaître puis s’efforcer de la comprendre ».
S’il aime les dieux, c’est d’Eros qu’il s’agit et de ses métamorphoses. S’il a faim, c’est d’un désir jamais rassasié, jamais apaisé, « ouvert à l’aventure tumultueuse de l’abandon », dira Jacques Salomé.
« J’écris des poèmes, des pièces de théâtre, des nouvelles, c’est ma manière d’apporter au monde. »
Action
Christophe Forgeot avait préparé des pinces à linge accrochées à sa chemise, des ficelles de chanvre suspendues aux rayonnages, des photos sur son pupitre, deux livres de ses poèmes courts à portée de main et deux morceaux de musique à portée d’oreille.
Comme des trophées, les photos ont été accrochées
au fil des poèmes qu’elles racontaient
puis
au fil des poèmes qui les racontaient.
Voici les références des livres de Christophe Forgeot ainsi effeuillés : Haïkus du voyage, Illustrés par Nicolas Geffroy, 2015, Editions du Petit Véhicule Saisir la route, Photographies de Agnès Mallet, 2013, Jacques André Editions
L’ aparté du poète s’est articulé autour du contexte de ces œuvres : comment elles ont été écrites, les rencontres à l’origine de chacune, la distance entre mots et images, comment chacun peut voir et entendre différemment…
3 – LA DEGUSTATION
Photo : Christophe Forgeot
La table s’est couverte de petits lampions vert printemps, tartes, gâteaux, nectar de mandarine et d’orange
un vrai festin aux chandelles
occasion de parler de festivals de poésie, de théâtre, de danse et poésie, d’inspiration divine ? tactile ? de la nécessité de l’esprit critique…
Alors, et l’éclatement dans tout ça, me direz-vous ?
il vint en toute fin de festin comme tonnerre de Zeus
la table pliante du milieu s’est affaissée d’un côté, puis de l’autre
pieds sagement rentrés sous elle
avec fracas
laissant chacun pantois, en silence
mais inspirant l’un d’entre nous d’écrire un haïku improvisé sur le champ de la surprise :
« Tout est devenu simple…
la vaisselle glisse
bonheur d’exister ! »
QUELQUES POINTS
Encore un ou deux poèmes longs, et/ou signés : penser à apporter deux poèmes courts, sans mention des auteurs, sur des feuilles séparées.
Et cette question en suspens : comment rendre accessible le déroulement des Festins aux personnes n’ayant pas internet ? Nous envisageons dans un premier temps d’imprimer les poèmes et les comptes-rendus pour les mettre dans un classeur. Il sera à la disposition de tous, à la Bibliothèque.
Les Festins poétiques organisés par la Bibliothèque municipale Espace René Nonjon (83340 Les Mayons), ont eu lieu pour cette première édition le 21 janvier 2017.
L’invitée d’honneur était Colette Gibelin (voir présentation)
Animatrice : Andréine Bel
Nombre de participants : 13.
Cette première édition des Festins s’est déroulée sous le signe de la découverte.
1 – LA RENCONTRE
Découvrir les poèmes écrits par les uns
mis en voix par d’autres
choisir ceux qui nous parlent
dont le parfum arrive jusqu’à nous
Conventions de transcription – Les * indiquent le nombre de fois qu’un poème a été lu à voix haute.
– Sont transcrits les poèmes qui ont au moins 1 *.
– Les poèmes élus ont au moins deux **.
– La partie lue par les participants apparaît en gras.
Nous avons élu 6 poèmes sur les 26 contemplés.
****.
Sans cesse Au vif de soi S’amorce le poème
Miroir de l’instant Fragment du désir Echo du cri
Andrée Chédid (1920 – 2011)
****
La mer dans la brume n’est pas un lac Les feuilles mortes dans le vent ne sont pas des oiseaux mais rien ne m’empêche de le croire
Hamid Tibouchi, (1951)
***
Une fleur de cerisier deux fleurs sans cesse je pense à toi
Madoka Mayuzumi, (1962, ambassadrice du haïku en France en 2010).
°°°
Tressaillement du feu, Ruissellement des émotions dans l’échange des âmes et la circulation du vivre
Colette Gibelin
** Ils cassent le monde
En petits morceaux
Ils cassent le monde
A coups de marteau
Mais ça m’est égal
Ça m’est bien égal
Il en reste assez pour moi
Il en reste assez Il suffit que j’aime
Une plume bleue
Un chemin de sable
Un oiseau peureux
Il suffit que j’aime
Un brin d’herbe mince
Une goutte de rosée
Un grillon de bois
Ils peuvent casser le monde
En petits morceaux
Il en reste assez pour moi
Il en reste assez
J’aurais toujours un peu d’air
Un petit filet de vie
Dans l’oeil un peu de lumière
Et le vent dans les orties
Et même, et même
S’ils me mettent en prison
Il en reste assez pour moi
Il en reste assez
Il suffit que j’aime
Cette pierre corrodée
Ces crochets de fer
Où s’attarde un peu de sang
Je l’aime, je l’aime
La planche usée de mon lit
La paillasse et le châlit
La poussière de soleil
J’aime le judas qui s’ouvre
Les hommes qui sont entrés
Qui s’avancent, qui m’emmènent
Retrouver la vie du monde
Et retrouver la couleur
J’aime ces deux longs montants
Ce couteau triangulaire
Ces messieurs vêtus de noir
C’est ma fête et je suis fier
Je l’aime, je l’aime
Ce panier rempli de son
Où je vais poser ma tête
Oh, je l’aime pour de bon
Il suffit que j’aime
Un petit brin d’herbe bleue
Une goutte de rosée
Un amour d’oiseau peureux
Ils cassent le monde
Avec leurs marteaux pesants
Il en reste assez pour moi
Il en reste assez, mon cœur
Boris Vian, « Ils cassent le monde »
**
Homme ! libre penseur – te crois-tu seul pensant
Dans ce monde où la vie éclate en toute chose :
Des forces que tu tiens ta liberté dispose,
Mais de tous tes conseils l’univers est absent. Respecte dans la bête un esprit agissant : …
Chaque fleur est une âme à la Nature éclose ;
Un mystère d’amour dans le métal repose : « Tout est sensible ! » – Et tout sur ton être est puissant !
Crains dans le mur aveugle un regard qui t’épie À la matière même un verbe est attaché …
Ne la fais pas servir à quelque usage impie !
Souvent dans l’être obscur habite un dieu caché ;
Et comme un œil naissant couvert par ses paupières
Un peur esprit s’accroit sous l’écorce des pierres !
Gérard de Nerval, Vers dorés
* Un sourire ! Un beau sourire que l’on croise,
C’est tout un monde qui vient à vous. On a envie
de s’y appuyer et de laisser passer le temps.
Il réchauffe et habille notre solitude de satin
irisé, de velours voluptueux et de senteurs exquises !
Tertullie Robinel
* Mon corps est en repos, mon âme est en silence,
Le bruit lointain du monde expire en arrivant,
Comme un son éloigné qu’affaiblit la distance
À l’oreille incertaine, apporté par le vent.
Tertullie Robinel
* Une brise légère
Un souffle de vie
En volant
M’effleurant furtivement
Michel Deshays
* La nuit me fait de l’œil
Je lui ouvre mes bras
Et je compte ma peine
Michel Deshays
*
Dans la poussière
La chambre s’éveille au soleil
Un mur silencieux
[…]
Sur les carreaux verts
J’écris quelques mots d’espoir
Couverts de buée
Bernard Bel
* Le bonheur glisse sur la neige
entre les étoiles
attente de cette brûlure
Andréine Bel
*
Il pleure dans mon coeur
Comme il pleut sur la ville ;
Quelle est cette langueur
Qui pénètre mon coeur ?
Ô bruit doux de la pluie Par terre et sur les toits !
Pour un coeur qui s’ennuie,
Ô le chant de la pluie !
Il pleure sans raison Dans ce coeur qui s’écoeure.
Quoi ! nulle trahison ?…
Ce deuil est sans raison.
C’est bien la pire peine
De ne savoir pourquoi,
Sans amour et sans haine,
Mon cœur a tant de peine !
Verlaine, Ariette
* Je veux chanter la vie
Et la joie de l’enfant
Puis ce grain en chaque heure
Peuplé d’existence
Mais la terre est un repaire de cadavres
Son ventre engloutit nos jeunesses et la fleur La joie est une tête de clown
L’amour s’effrite à la pointe des heures
L’enfant
A déjà son visage de demain.
Andrée Chédid, Vie-mort
2 – LE PARTAGE
Colette Gibelin
Présentation de Colette Gibelin, par A. Bel
« Je lance mon appel à tous ceux qui ont saisi l’infini dans la poussière des chemins. »
Colette Gibelin commence à écrire en 1954, à 18 ans. Elle fait ses études au Lycée Fénelon au Maroc, puis entre à l’ École Normale Supérieure pour devenir professeur de Lettres.
Son inspiration : Victor Hugo, Lecomte de Lisle, Hérédia, puis Baudelaire, Rimbaud, Éluard et Paul Valéry, quand il écrit : « Le vent se lève, il faut tenter de vivre ».
Chacun de nous est poète, nous rappelle Colette Gibelin.
Peut-être parce que, nous dit-elle, « écrire l’instant, c’est presque l’inventer. »
Son écriture est lyrique, mais il s’agit ici de lyrisme existentiel et critique, de « vénéneuse beauté du monde ».
Action
Aux Festins, pas moyen de faire semblant
Colette Gibelin en a fait la démonstration
sa poésie lyrique a suivi les sentiers ardus et lumineux
aériens ou souterrains, brûlants ou glacés –
négociation du vivant à l’œuvre
communauté de souffrance et d’espoir
que nous partagions au fil de sa respiration
comme un écho en nous
– L’amour parfois – Stridence inlassable des cigales – De nouveau le monde est à vif – Et soudain c’est l’aurore
Extraits de Mémoires sans visages – éditions du Petit Véhicule
– Parfois – inédit
3 – LA DEGUSTATION
La table s’est couverte de tartes, gâteaux, fruits
et même d’une soupe extra
tous plus délicieux les uns que les autres
occasion de faire connaissance, parler de la vie
de jardin, des livres, des auteurs…
avec une coupe de champagne pour fêter
les festins, les êtres et les mots
la fourchette et le stylo…
REMERCIEMENTS
Monsieur le Maire et son épouse se sont joints à nous un court instant pour accueillir les Festins ; merci à la Mairie qui a offert les boissons et l’impression des affiches.
QUELQUES POINTS
Pour donner une chance aux poèmes écrits par ceux qui les apportent d’être choisis puis élus, il faudrait que chaque participant vienne avec au moins un poème composé par lui, en plus de celui de l’auteur de son choix.
Certains poèmes mis sur la table étaient longs. Nous avons dû pour chacun d’entre eux sélectionner trois ou quatre lignes, les plus représentatives et qui formaient en elles-mêmes un poème. Un poème court peut tout à fait être extrait d’un poème long, il doit pouvoir simplement se dire en un souffle ou deux. Indispensable à ce type de rencontre poétique, le poème bref oblige à la concision.
– Mes motivations pour mettre en place et animer les Festins poétiques –
Rendre la poésie accessible à tous les poètes qui s’ignorent
leur faire rencontrer ceux qui ont fait un bout du chemin
découvrir la poésie et ceux qui la font.
Après avoir l’avoir tant dansée
il est temps pour moi de l’articuler, qu’elle devienne une voix
que nous partagerons, en chœur et en cœur
sans autre enjeu que d’élaborer et déguster ensemble quelques mots…
– Biographie –
Née en 1952 dans une famille de peintres et de musiciens, Andréine Bel découvre en 1971 le mouvement instinctif « naturel » à partir des enseignements du seitai japonais (Itsuo Tsuda) et de la « danse libre » de François Malkovsky. À partir de 1978, son apprentissage de la danse kathak sous la direction de Pandit Birju Maharaj, en Inde, puis son travail chorégraphique, lui font placer la sensation au cœur de la gestuelle et de la poésie. La danse devient « poésie du mouvement ». Ce sont les anciens traités indiens sur la poésie qui l’ont sensibilisée, mais c’est le haïku japonais qui lui a donné une voie d’entrée dans la poésie écrite et orale.
À partir de 2005, elle élabore le yukido (art du soin domestique), et ouvre un atelier expérimental et coopératif à Lambesc puis Aix-en-Provence, réunissant danseurs, poètes, comédiens, musiciens et peintres, pour élaborer le concept de « danse forum ».
Elle vient de publier deux livres sur le yukido : Le Corps accordé, pour une approche raisonnée du soin de soi, comprenant de larges extraits poétiques élaborés pendant les danses forum. Et, plus récemment : Santé autonome, la puissance du vivant.
– Coordonnées –
http://leti.lt : site sur la danse forum. www.yukido.fr : site sur le yukido. www.lecorpsaccorde.com : site pour le livre « Le Corps accordé ».
Contact : andreine.bel(arobase)yukido.fr
tel : 06 15 49 20 11
Invitée d’honneur lors du premier Festin poétique le samedi 21 janvier 2017, Colette Gibelin, auteur et poète, a eu carte blanche pour lire quelques uns de ses poèmes et échanger avec les participants pendant la « rencontre ».
Présentation :
Colette Gibelin est née en 1936 à Casablanca, au Maroc, où elle a passé son enfance et son adolescence. Elle vit actuellement en France, dans le Var, près de Brignoles, où elle a été professeur de Lettres.
Elle fait le choix d’une poésie lyrique, traversée de préoccupations existentielles, un chant des profondeurs, et accorde une attention particulière à la musique des vers, travaillant rythmes et sonorités.
Elle a obtenu en l’an 2000 le prix Troubadours pour son recueil « Vivante Pierre ». Elle a été invitée au Festival de poésie Voix de la Méditerranée à Lodève en 2000 et au Festival Voix Vives à Sète en juillet 2012.
Derniers livres parus :
Sable et sel, éd. Sac à mots, écrit à deux voix avec Jean-Marie Gilory,
mise en couleurs de Françoise Rohmer (2010)
La grande voix lointaine, éd. Tipaza, peintures d’Andelu (2011)
Dans le doute et la ferveur, éd. Encres Vives (2012)
Invité d’honneur lors du deuxième Festin poétique le samedi 18 février 2017, Christophe Forgeot a eu carte blanche pour lire quelques uns de ses poèmes et échanger avec les participants pendant la « rencontre ».
Présentation :
Christophe Forgeot est l’auteur de recueils de poèmes, de pièces de théâtre, de nouvelles et de fictions. Ses textes figurent dans une cinquantaine de revues et d’anthologies francophones ; il a notamment participé à l’anthologie Monsieur Mandela (éditions Panafrika, Silex, Nouvelles du Sud), La poésie érotique française du Moyen Age à nos jours (Hermann), Pour Haïti (Desnel) et Visages de poésie (Raphaël de Surtis, tome 3). Ses notes de lectures sont publiées dans Interventions à Hautes Voix (Chaville), Les Cahiers du sens (Paris) et Phœnix (Marseille).
Ses derniers ouvrages édités sont De Loin en Loin (livre d’artiste avec Henri Baviera, 2016), Haïkus du voyage (Editions du Petit Véhicule), Saisir la route (poésie, Jacques André éditeur), Le Voisin (théâtre, préface de Victor Haïm, Encres de Siagne), Porte de la paix intérieure (poésie, L’Harmattan) et Murmures d’Eros (poésie érotique, préface de Jacques Salomé, Wallâda). Son titre publié sera Haïkus du voyage aux éditions du Petit Véhicule (Nantes).
Signes particuliers : Issu d’un métissage entre la Touraine et la Bourgogne, il a longtemps vécu dans une banlieue bétonnée de la capitale, ce qui l’a poussé à faire son nid en Provence. Il participe à la vie de la poésie et du théâtre dans les médiathèques, les librairies, les établissements scolaires, en France et dans d’autres pays (Tchad et Slovaquie notamment).
Il anime des ateliers d’écriture, de théâtre, enseigne l’écriture théâtrale à l’Université du Sud Toulon-Var depuis une quinzaine d’années et lit ses textes régulièrement en public. Il apprécie particulièrement le « faire ensemble », c’est-à-dire la collaboration avec d’autres artistes, qu’il admire : musiciens, danseurs, peintres…